Les mouvements LGBTQ sous un prisme transculturel – Appel à communication

LGBTQ, minorités sexuelles, diversité sexuelle, queer : autant de termes qui semblent aujourd’hui globaux, notamment après leur diffusion à partir des années 1970, souvent à travers l’adoption ou la transposition des termes en langue anglaise. Pensons par exemple au terme gai, souvent orthographié gay, alors même qu’il porte une origine française (Tin, 2008). Les traductions, transformations, adaptations et réappropriations des termes montrent bien à quel point les questions LGBTQ s’ancrent dans des contextes divers où circulent les idées, les connaissances, les compétences, les personnes.

Si les chercheur-e-s qui écrivent en langue vernaculaire ont analysé les traductions et transformations linguistiques ainsi que les diverses stratégies des militant-e-s qui conduisent souvent à adopter le terme « LGBT », la connaissance en langue française (et anglaise) de la situation des minorités sexuelles en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique latine, ainsi que des minorités racisées en Amérique du Nord et Europe demeure morcelée. Il existe encore trop peu d’ouvrages synthétiques qui esquissent des perspectives comparatistes ou qui tentent de retracer une histoire aréale, y compris pour l’Europe (Schlagdenhauffen, Le Gac et Virgili, 2017).

Consacré à la question des enjeux de traduction et de transformations des mouvements citoyens et politiques des minorités sexuelles dans le contexte contemporain, ce colloque a pour but d’éclairer les différentes histoires et modalités des mouvements LGBTQ dans le « Reste-du-Monde » (Lozerand, 2014) et par effet de miroir, dans cet « Occident » qui ne doit pas être réduit aux catégories sociales dominantes d’Amérique du Nord, d’Europe de l’ouest et de Scandinavie (Puar, 2012). Ce décentrement du regard permettra de questionner la pertinence d’un modèle conceptuel théorique et politique militant souvent présenté comme « universel » mais dont le statut demeure largement contesté, que ce soit par les acteur-es du monde « occidental » (Wolfson, 1991) ou par des chercheur-es et des militant-es dont la langue maternelle (Laurent, 2011 ou Kazama, 2016) ou les conditions matérielles d’existence ne permettent pas une large diffusion de leurs travaux et de leurs actions. A la manière de Robert Kulpa et Joanna Mizielinska dans leur ouvrage De-Centring Western Sexualities: Central And Eastern European Perspectives (2011), on analysera le rôle normatif des modèles prescrits par les politiques dominantes de la sexualité occidentale. En interrogeant la relation entre genre et sexualité et les modèles dominants (patriarcat, racisme, (néo-)colonialisme, libéralisme…) qui s’y greffent, on essaiera de mettre à jour une grille d’analyse plus fine que « Occident/Orient » ou « Nord/Sud » pour comprendre les oppositions à l’œuvre entre différents modes de conceptualisation des relations entre sexe, genre et sexualité (Nicole Claude Mathieu, 1989 et 1991).

Ce faisant, on s’interrogera sur les projets et stratégies mis en œuvre pour l’universalisation des droits des minorités sexuelles ou pour renverser les logiques dominantes de la pensée straight, sur les transmissions (de savoirs, de pratiques), sur les moyens de diffusion (associations, syndicat, églises, réseaux sociaux numériques…) et sur les rapports de pouvoir et modalités de dialogue entre les mouvements européens et nord-américains et ceux des autres continents. A l’heure où de nombreux pays légifèrent de façon nouvelle à propos des diverses identités sexuées, souvent à la suite de débats intenses, ce colloque permettra d’éclairer les enjeux de ces transformations.

Les buts de ce colloque sont :

– d’envisager des comparaisons transnationales et transculturelles entre des histoires et pratiques de la sexualité,

-d’exposer les spécificités nationales, régionales et locales tant au point de vue de la linguistique, de la géographie, de la politique, de l’économie, des structures sociales et juridiques de l’héritage culturel et colonial, d’analyser les rapports de pouvoirs dans le monde postcolonial et de préciser comment s’effectuent des circulations (normes, pratiques, littérature, arts…) dans un cadre mondialisé avec des associations internationales de lutte contre l’homophobie, la lesbophobie, la transphobie et contre les actes LGBTQphobes.

-de penser des chronologies décalées ou croisées, qui prennent en compte les rapports sociaux de genre, de classe ou d’ethnicité et les façons locales de considérer ces dernières.

Les propositions pourront s’articuler autour des questionnements suivants :

traduction : quelles ont été les acceptions, modifications ou résistances pour la traduction des termes LGBTQ, queer, lesbien, intersexe, trans, homophobie…? Quelles langues n’utilisent pas cet acronyme ? Une autre langue que l’anglais a-t-elle pu servir de pivot pour des traductions ? Qu’indiquent les chronologies de l’utilisation de ce terme ?

transformation : doit-on considérer le militantisme LGBTQ des États-Unis, ou plutôt les courants dominants du militantisme euro-nord-américain comme un précédent ? En quoi le positionnement par rapport à un certain militantisme états-unien s’avère-t-il une façon de s’inscrire dans une histoire globale ou au contraire un choix pour revendiquer des particularités ou contester une hégémonie ? Quelles voix contestataires se retrouvent actuellement médiatisées parmi les divers mouvements LGBTQ aux États- Unis ? Quelles transformations observe-t-on parmi les mouvements LGBTQ à travers le monde ?

épistémologie : l’histoire, la sociologie et l’anthropologie de la sexualité ainsi que la sexologie sont- elles nécessairement influencées par des auteurs « occidentales-aux » comme Sappho, Krafft-Ebing, Havelock Ellis, Kinsey, Foucault, Gayle Rubin ou Wittig ? Qui ont été ou qui sont les sexologues les plus influents dans leur pays, à l’instar de Yamamoto Senji (1889-1929) au Japon ? Quels groupes ou factions politiques dans différents pays utilisent l’opposition « Occident/Reste-du-Monde » ou l’opposition « Sud/Nord » pour réécrire l’histoire de la sexualité ou définir des normes sexuelles ? Quels principes fondent de telles associations ?

militantisme : Sachant que le coming-out comme idéal incontournable de la militance, a été largement contesté, quelles difficultés peuvent rencontrer les activistes des mouvements LGBTQ vis-à-vis d’une certaine idéalisation du coming-out? Comment expliquer le décalage des chronologies dans l’établissement des groupes LGBTQ et de leur reconnaissance politique ? Quels autres modes d’actions sont proposés dans divers pays, sachant que tout mouvement se situe dans un contexte qui implique une structuration politico-juridique particulière ? Les stratégies pour la reconnaissance du mariage « pour tous » sont-elles les mêmes ?

intersectionnalité : les groupes LGBTQ recoupent d’autres minorités ou d’autres appartenances (ethniques, religieuses, sociales, institutionnelles, de sexe, de classe…). Quelles sont les particularités de chaque pays ? Quels antagonismes ou convergences peuvent également exister entre ces groupes ?

Les communications peuvent être proposées par des chercheur-e-s ou des activistes de la communauté LGBTQ, en français ou en anglais. Ce colloque n’assigne pas de limites disciplinaires. Une attention particulière sera portée aux communications ne se limitant pas aux questions relatives aux hommes gais, ainsi qu’aux questions de méthodologie posées par les biais occidentalo-centrés des productions scientifiques sur la sexualité et les organisations LGBTQ.

Organisation :

Aline Henninger (Université Orléans, REMELICE EA 4709, associée au Centre d’études japonaises, EA 1441) & Thierry Maire (Centre Maurice Halbwachs, ENS-EHESS-CNRS, UMR 8097)

Date : jeudi 3 et vendredi 4 octobre 2019
Lieu : UFR LLSH, Université d’Orléans, campus d’Orléans et Hôtel Dupanloup à Orléans

Une sélection des textes proposés lors du colloque seront publiés comme actes aux éditions des Presses universitaires d’Orléans.

Comité scientifique :

Salima Amari (Docteure chargée d’enseignement, Université de Lausanne), Anthony Castet (MCF, Université de Tours, ICD), Cécile Coquet-Mokoko (MCF HDR, Université de Tours, ICD), Jules Falquet (MCF HDR, Université Paris Diderot, CEDREF-LCSP), Agnès Giard (Post-doctorante, chercheuse associée au Sophiapol EA3932), Marien Gouyon (Post-doctorant, ESO-Angers (UMR 6590) – Espaces et Sociétés), Wenjing Guo (Anthropologue, chercheure associée au CESSMA), Miriam Grossi (Professeure, Université fédérale de Santa Catarina, Brésil), Aline Henninger (MCF, Université Orléans, REMELICE), Thierry Maire (Doctorant, Centre Maurice Halbwachs, ENS-EHESS-CNRS, UMR 8097, chercheur associé au CEMCA), Gwenola Ricordeau (Professeure assistante, California State University, Chico, USA), Karmy Shirakawa (Professeur, Université de Gifu Kyôritsu Japon), Régis Schlagdenhauffen (MCF, EHESS, Iris, Centre George Simmel)

Modalités de contribution :

Les propositions sont à envoyer à aline.henninger@univ-orleans.fr avant le 22 avril. Une réponse sera donnée par mail début mai.

Les propositions de communications devront indiquer :

– Nom et Prénom ; – Statut et Institution de rattachement ; – Adresse de courriel ; – Titre de la communication ; – Une proposition de communication limitée à 1500 signes.

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