{"id":236,"date":"2016-10-01T18:01:23","date_gmt":"2016-10-01T17:01:23","guid":{"rendered":"http:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/?p=236"},"modified":"2016-10-01T18:01:23","modified_gmt":"2016-10-01T17:01:23","slug":"juif-tsigane-et-homosexuel-en-tant-que-figure-du-marginal-existentiel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/?p=236","title":{"rendered":"Juif, tsigane et homosexuel en tant que figure du marginal existentiel"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">La constitution en \u00ab\u00a0groupes de victimes\u00a0\u00bb d\u2019individus stigmatis\u00e9s, pers\u00e9cut\u00e9s voire extermin\u00e9s par les nazis ainsi que de leurs h\u00e9ritiers compte parmi les legs de la Seconde Guerre mondiale. Parmi ces groupes, trois d\u2019entre eux sont depuis quelques ann\u00e9es associ\u00e9s dans la comm\u00e9moration, il s\u2019agit des juifs, des tsiganes<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> et des homosexuels. En 1999, le Bundestag allemand, a d\u00e9cid\u00e9 de mat\u00e9rialiser dans la pierre la m\u00e9moire de la pers\u00e9cution de ces trois groupes. Le martyre juif, celui des tsiganes et des homosexuel-le-s \u00e0 leur suite seront comm\u00e9mor\u00e9s dans la pierre au centre de la capitale de l\u2019Allemagne r\u00e9unifi\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019agissant de la pers\u00e9cution des trois groupes, il est int\u00e9ressant d\u2019appr\u00e9hender historiquement leur stigmatisation. Cet exercice permet bien s\u00fbr de mettre en \u00e9vidence les points de divergences et de convergence, il permet surtout d\u2019\u00e9clairer la destin\u00e9e singuli\u00e8re de chacun des trois groupes ainsi que le traitement m\u00e9moriel qui leur fut r\u00e9serv\u00e9 en Allemagne apr\u00e8s guerre.\u00a0En premier lieu, si les nazis firent des Juifs et des Tsiganes des sous-hommes qu\u2019il importait de d\u00e9truire pour le salut de l\u2019humanit\u00e9<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, il n\u2019en alla pas de m\u00eame des homosexuels. Ces derniers \u00e9taient divis\u00e9s en deux groupes, les invertis de naissance pour qui il n\u2019existait point de salut et les autres, qui pouvaient \u00eatre r\u00e9\u00e9duqu\u00e9s et ainsi r\u00e9int\u00e9grer la <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Volksgemeinschaft\"><em>Volksgemeinschaft<\/em><\/a>, la communaut\u00e9 nationale<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<br \/>\nQuoiqu\u2019il en soit, les membres de ces trois groupes furent stigmatis\u00e9s<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Entre 1933 et 1945, une v\u00e9ritable politique de red\u00e9finition de la nation et de ses membres fut syst\u00e9matis\u00e9e. Il y avait les membres de la nation et les autres, ceux qu\u2019il convenait d\u2019exclure de la communaut\u00e9 nationale. C\u2019est dans cette perspective que les nazis avaient \u00e9labor\u00e9 le concept de <em>Gemeinschaftsfremd<\/em>, d\u2019\u00e9tranger \u00e0 la communaut\u00e9 [nationale]. La logique propre de cette id\u00e9ologie peut se r\u00e9sumer en une phrase\u00a0: tout ce qui <em>de facto<\/em> n\u2019appartient pas \u00e0 la communaut\u00e9, est alors consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tranger, donc \u00e0 \u00e9liminer. Nous pouvons attester \u00e0 1933 la mise en place d\u2019une politique syst\u00e9matique de stigmatisation au sein de l\u2019Allemagne unifi\u00e9e. L\u2019objet de cet article est de tenter de retrouver les origines de la marginalisation ainsi que ses motifs\u00a0? Aussi, une question va nous servir de fil directeur\u00a0: est ce que juifs, tsiganes et homosexuels forment une communaut\u00e9 de \u00ab\u00a0marginaux existentiels\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, et si oui depuis quand\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aussi bien les juifs, les tsiganes que les sodomites sont r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019objet d\u2019\u00e9dits, lois et d\u00e9crets les concernant, dans les diff\u00e9rents Etats et juridictions d\u2019Europe. Les Etats europ\u00e9ens se font mutuellement \u00e9cho et adaptent leur politique en fonction de cette variable. Il nous faut remonter au Moyen Age pour constater que cette p\u00e9riode historique constitue le moment charni\u00e8re o\u00f9 se construit la stigmatisation des trois groupes en question<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. Une illustration imm\u00e9diate du stigmate se retrouve par l\u2019id\u00e9e de traduire la diff\u00e9rence des juifs par le port d\u2019un insigne sp\u00e9cial circulaire et jaune, la rouelle ou d\u2019un chapeau conique<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. Au sujet des tsiganes, Henriette Ass\u00e9o rel\u00e8ve l\u2019existence en Allemagne de panneaux repr\u00e9sentant un tsigane pendu et un autre fouett\u00e9, indiquant clairement le sort qui leur \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. En outre, dans la France de l\u2019Ancien R\u00e9gime, les Tsiganes sont d\u00e9limit\u00e9s comme asociaux par des marques sp\u00e9cifiques (tout individu arr\u00eat\u00e9 est marqu\u00e9 au fer, comme d\u2019autres criminels). De plus, une peine propre aux boh\u00e9miens est employ\u00e9e contre eux, ils sont ras\u00e9s<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>. D\u00e8s le d\u00e9part on per\u00e7oit l\u2019intention de rendre la discrimination visible, afflictive et humiliante. Le juif, tout comme le tsigane est alors un marginal d\u00e9sign\u00e9 \u00e0 la vindicte publique, rejet\u00e9 physiquement de la soci\u00e9t\u00e9 par le biais de stigmates visibles.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><em>La pr\u00e9sence juive dans l\u2019Europe chr\u00e9tienne<\/em><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-238 alignleft\" src=\"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/Bild_Legende_der_Hostienscha\u0308ndungG-300x300.jpg\" alt=\"hostienscha%cc%88ndungg\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/Bild_Legende_der_Hostienscha\u0308ndungG-300x300.jpg 300w, https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/Bild_Legende_der_Hostienscha\u0308ndungG-150x150.jpg 150w, https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/Bild_Legende_der_Hostienscha\u0308ndungG-768x771.jpg 768w, https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/Bild_Legende_der_Hostienscha\u0308ndungG-149x150.jpg 149w, https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/Bild_Legende_der_Hostienscha\u0308ndungG.jpg 960w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/L%C3%A9on_Poliakov\">L\u00e9on Poliakov<\/a>, dans son <em>Histoire de l\u2019antis\u00e9mitisme<\/em>, nous apprend qu\u2019en l\u2019an 38 de notre \u00e8re des troubles populaires s\u00e9virent \u00e0 Alexandrie sous les empereurs Caligula et Claude\u00a0; ceux-ci trouv\u00e8rent une expression sanglante dans un terri<span style=\"text-align: justify;\">ble pogrom<\/span><a style=\"text-align: justify;\" href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a><span style=\"text-align: justify;\">. Rien, sinon leur culte, ne singularisait les Juifs au sein de la mosa\u00efque des peuples qui constituaient la population de l\u2019Empire. C\u2019est avec la mont\u00e9e en puissance du christianisme, qui attribue \u00e0 J\u00e9sus une nature divine, que d\u00e9bute la stigmatisation des Juifs. La mort du Christ est consid\u00e9r\u00e9e comme un d\u00e9icide, le crime des crimes, et celle-ci \u00e9tait imput\u00e9e aux Juifs qui l\u2019avaient reni\u00e9 (et non aux Romains qui le mirent \u00e0 mort). En nous appuyant sur les travaux d\u2019Annie Percheret, nous constatons qu\u2019en Europe jusqu\u2019au XIe si\u00e8cle, les juifs restent m\u00eal\u00e9s \u00e0 la population des villes et des campagnes, avec laquelle ils ont le plus souvent de bons rapports.<\/span><a style=\"text-align: justify;\" href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a><span style=\"text-align: justify;\"> Peu apr\u00e8s l\u2019an 1000, des rumeurs confuses agitent la chr\u00e9tient\u00e9. Sur l\u2019instigation des juifs, le \u00ab\u00a0prince de Babylone\u00a0\u00bb aurait fait d\u00e9truire le S\u00e9pulcre du Seigneur\u00a0; il aurait aussi d\u00e9clench\u00e9 contre les chr\u00e9tiens de Terre sainte des pers\u00e9cutions innommables, et fai<\/span><span style=\"text-align: justify;\">t d\u00e9capiter le patriarche de J\u00e9rusalem. C\u2019est ainsi que le 27 novembre 1095, le Pape Urbain II entreprit de pr\u00eacher la I<\/span><sup style=\"text-align: justify;\">re<\/sup><span style=\"text-align: justify;\"> croisade<\/span><a style=\"text-align: justify;\" href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a><span style=\"text-align: justify;\">. Des bandes de crois\u00e9s se lev\u00e8rent pour ch\u00e2tier tous les infid\u00e8les. Le XIe si\u00e8cle marque donc une \u00e8re nouvelle, celle des croisades et de la grande chr\u00e9tient\u00e9. En 1179, le <\/span><a style=\"text-align: justify;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Troisi%C3%A8me_concile_du_Latran\">troisi\u00e8me concile de Latran<\/a><span style=\"text-align: justify;\"> \u00e9dicte un certain nombre de r\u00e8gles destin\u00e9es \u00e0 diminuer l\u2019influence des juifs au sein de la\u00a0<\/span><span style=\"text-align: justify;\">vie \u00e9conomique et sociale. Reprenant la vision de Judas, le juif appara\u00eet d\u00e8s lors sous les traits d\u2019un \u00ab\u00a0voleur, usurier, assassin et tra\u00eetre\u00a0\u00bb.<\/span><br \/>\nCette hyst\u00e9rie collective qui frappe l\u2019Europe toute enti\u00e8re a, entre autres, pour origine le r\u00e9cit que Thomas de Monmouth (1173) fait du meurtre rituel d\u2019un enfant chr\u00e9tien par un juif. D\u00e9bute alors une \u00e8re de massacres, \u00ab\u00a0les crois\u00e9s voyant dans les juifs des infid\u00e8les dont il fallait se d\u00e9barrasser\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. A partir du XIIIe si\u00e8cle, les massacres se font plus nombreux, les juifs sont rendus responsables des malheurs du temps. Comme le souligne Yerushalmi, le c\u00e9l\u00e8bre <em>Memorbuch<\/em> de Nuremberg comprend un martyrologe qui reprend les pers\u00e9cutions en Allemagne et en France de la premi\u00e8re croisade en 1096 \u00e0 la Peste noire en 1349<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><em>Les tsiganes, un peuple de p\u00e8lerins <\/em><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous savons des tsiganes qu\u2019ils ont quitt\u00e9 le Nord de l\u2019Inde vers le Xe si\u00e8cle entreprenant une migration vers l\u2019Ouest sans que quiconque jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui ne puisse en expliquer l\u2019origine. En 1150 \u00e0 Constantinople on signale une premi\u00e8re fois leur pr\u00e9sence. Ensuite, nous retrouvons la trace de tsiganes d\u00e8s 1348 en Serbie\u00a0; ils sont mar\u00e9chaux-ferrants ou bourreliers. Puis, la pr\u00e9sence de tsiganes est pour la premi\u00e8re fois attest\u00e9e en Allemagne en 1407, dans la ville d\u2019Hildesheim. Ils sont alors consid\u00e9r\u00e9s comme des Tatars. En France, c\u2019est en 1419 que d\u2019apr\u00e8s les archives ils demand\u00e8rent asile, sur lettre de recommandation du Pape Martin V. Au d\u00e9part, l\u2019attitude \u00e0 leur \u00e9gard \u00e9tait accueillante. Ainsi en 1416, la ville de Brassov (Kronstadt) en Transylvanie, leur offre argent, grain et volailles. La dispersion \u00e0 travers le monde et le p\u00e8lerinage impos\u00e9 par Dieu est la mani\u00e8re dont les tsiganes se pr\u00e9sent\u00e8rent lorsqu\u2019ils arriv\u00e8rent en Europe occidentale, c\u2019est pourquoi on leur offrit partout l\u2019hospitalit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-237 alignleft\" src=\"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/tsiganes-300x164.jpeg\" alt=\"tsiganes\" width=\"300\" height=\"164\" srcset=\"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/tsiganes-300x164.jpeg 300w, https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/tsiganes-250x137.jpeg 250w, https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/tsiganes-150x82.jpeg 150w, https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/tsiganes.jpeg 304w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>\u00c0 partir du XVIe si\u00e8cle, l\u2019attitude g\u00e9n\u00e9rale envers les tsiganes change radicalement. L\u2019hospitalit\u00e9 n\u2019est plus de mise. D\u00e8s 1498, la ville de Fribourg en Brisgau d\u00e9cide d\u2019interdire les tsiganes sur son ban, les accusant d\u2019espionnage. Le nomadisme suscite la suspicion. En 1499, la reine Isabelle ordonne aux tsiganes de se s\u00e9dentariser ou de quitter le royaume. Le 27 juillet 1504, c\u2019est au tour de Louis XII de d\u00e9cr\u00e9ter l\u2019expulsion de tous les tsiganes de France. Les Chroniques Saxonnes de Krants, dat\u00e9es de 1530, nous donnent une vision que se fait la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00e9poque \u00e0 leur \u00e9gard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>En l\u2019an de gr\u00e2ce 1417 [\u2026] des hommes basan\u00e9s, laids, br\u00fbl\u00e9s de soleil, aux v\u00eatements sales, et inf\u00e2mes en l\u2019usage de toutes choses, surtout enclins au vol, particuli\u00e8rement les femmes de ce peuple, car l\u2019homme est nourri du vol des femmes. On les nomme vulgairement Tartares [\u2026]. Ils subissent comme p\u00e9nitence inflig\u00e9e de parcourir le monde en p\u00e8lerinage. Mais on raconte que ce genre d\u2019hommes, oblig\u00e9s par l\u2019usage de na\u00eetre en voyage, vou\u00e9s \u00e0 l\u2019oisivet\u00e9, ne reconna\u00eet aucune patrie \u2026 Ils vivent comme des chiens sans souci d\u2019aucune religion [\u2026]. La salet\u00e9 des hommes est surprenante. Ils sont savants en toutes langues. Ils convoitent les biens des paysans quand ceux-ci travaillent aux champs et ils d\u00e9pouillent leurs chaumi\u00e8res<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette chronique pr\u00e9figure l\u2019attitude hostile que nous connaissons \u00e0 l\u2019\u00e9gard des tsiganes. Il en va de m\u00eame dans la <em>Cosmographie <\/em>de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sebastian_M%C3%BCnster\">Sebastian M\u00fcnster<\/a> parue en 1544. Il les accuse en plus d\u2019\u00eatre meurtriers, magiciens et diaboliques<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>. En 1551, la ville d\u2019Augsbourg les expulse, les accusant d\u2019espionnage, mais pour le compte des Turcs. Malgr\u00e9 l\u2019apparition de ces accusations, nous ne devons pas oublier qu\u2019au d\u00e9part, comme le souligne F. Maciejewski, l\u2019antitsiganisme a une dimension \u00e9conomique\u00a0: celle li\u00e9e \u00e0 l\u2019apparition d\u2019une nouvelle sorte de pauvres et mendiants dans une Europe d\u00e9j\u00e0 affaiblie par les guerres, famines et autres \u00e9pid\u00e9mies<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, la fin du XVIe si\u00e8cle marque le moment o\u00f9 appara\u00eet une l\u00e9gende fort int\u00e9ressante, celle affirmant que les tsiganes sont en fait des juifs, qui ayant eu peur des pogroms se seraient r\u00e9fugi\u00e9s dans des grottes. Afin de ne pas faire \u00e9tat de leur v\u00e9ritable identit\u00e9 de juifs se seraient faits appeler \u00ab\u00a0tsiganes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><em>La figure du sodomite<\/em><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le terme homosexuel fut forg\u00e9 vers 1869 dans le but de d\u00e9signer une cat\u00e9gorie g\u00e9n\u00e9rale regroupant sodomites et invertis<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>. Jusqu\u2019alors la soci\u00e9t\u00e9 diff\u00e9renciait les hommes ayant des relations homosexuelles en fonction de leurs actes. C\u2019est dans la Bible que nous trouvons la premi\u00e8re condamnation de la sodomie. Dans la quatri\u00e8me partie du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/L%C3%A9vitique\">L\u00e9vitique<\/a> relative \u00e0 la \u00ab\u00a0Loi de saintet\u00e9\u00a0\u00bb il est fait mention des interdictions sexuelles. Et il est pr\u00e9cis\u00e9 que\u00a0: \u00ab\u00a0tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. Ce serait une abomination.\u00a0\u00bb (<em>L\u00e9v. <\/em>XVIII, 22). Un peu plus loin, il est \u00e9crit que\u00a0: \u00ab\u00a0quand un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont commis tous deux une abomination. Ils seront punis de mort.\u00a0\u00bb (<em>L\u00e9v. <\/em>XX, 13). Ce n\u2019est cependant qu\u2019en 544 que nous retrouvons la premi\u00e8re trace d\u2019une condamnation des relations sexuelles entre hommes. Un \u00e9dit de l\u2019<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Justinien\">empereur Justinien<\/a> mena\u00e7ait de supplice les adeptes de cette \u00ab\u00a0action impie, abominable et ha\u00efe de Dieu\u00a0\u00bb. Mais, c\u2019est lors de la premi\u00e8re croisade, que fut m\u00e9diatis\u00e9e une l\u00e9gende disant que les Musulmans, par l\u2019interm\u00e9diaire de leur proph\u00e8te Mohammed, auraient popularis\u00e9 la sodomie. Les Sarrasins auraient pour coutume de violer les gar\u00e7ons et les moines chr\u00e9tiens. Tout comme dans le cas des juifs, c\u2019est au XIIIe si\u00e8cle que la scolastique rationalise les accusations \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la sodomie en les int\u00e9grant au mouvement plus g\u00e9n\u00e9ral de lutte contre les h\u00e9r\u00e9sies, men\u00e9 \u00e0 la fois par les autorit\u00e9s s\u00e9culi\u00e8res et par les tribunaux de l\u2019Inquisition. Aussi, d\u00e8s lors que lors qu\u2019il y a <em>Nefandum\u00a0<\/em><a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>, crime innommable, la mort par le feu est le ch\u00e2timent en vigueur (comme dans le cas des proc\u00e8s des Templiers, \u00e0 partir de 1307). Cette condamnation se retrouve dans diverses coutumes. L\u2019\u00ab\u00a0ancienne coutume d\u2019Orl\u00e9ans\u00a0\u00bb (vers 1260) pr\u00e9cise que\u00a0: \u00ab\u00a0celui qui est sodomite prouv\u00e9, doit perdre les couilles, et s\u2019il le fait une seconde fois, il doit perdre le membre\u00a0; et s\u2019il le fait une troisi\u00e8me fois, il doit \u00eatre br\u00fbl\u00e9.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a> Ce texte fondamental pr\u00e9voit encore \u00e0 cette \u00e9poque la r\u00e9pression de deux crimes nettement s\u00e9par\u00e9s\u00a0: h\u00e9r\u00e9sie d\u2019une part, sodomie d\u2019autre part. Ainsi, nous pouvons constater que d\u00e8s le XIIIe si\u00e8cle, la sodomie \u00e9tait bien punie en tant que telle. L\u2019h\u00e9r\u00e9sie et la sodomie se pr\u00e9sentent donc comme deux d\u00e9lits \u00e9troitement associ\u00e9s mais cependant distincts, distinction qui perdra de son sens ult\u00e9rieurement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-242 alignleft\" src=\"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/Constitutio_criminalis_Carolina_1577_68-200x300.jpg\" alt=\"constitutio_criminalis_carolina_1577_68\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/Constitutio_criminalis_Carolina_1577_68-200x300.jpg 200w, https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/Constitutio_criminalis_Carolina_1577_68-768x1152.jpg 768w, https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/Constitutio_criminalis_Carolina_1577_68-683x1024.jpg 683w, https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/Constitutio_criminalis_Carolina_1577_68-100x150.jpg 100w, https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/Constitutio_criminalis_Carolina_1577_68.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/>Comme toute h\u00e9r\u00e9sie, la sodomie ne peut \u00eatre inspir\u00e9e que par les forces du mal. Ainsi, \u00e0 partir du XVIe si\u00e8cle cette condamnation au b\u00fbcher est de coutume. La <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Lex_Carolina\"><em>Constitutio Criminalis Carolina<\/em><\/a> de Charles V pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0quiconque commettra un acte impudique avec une personne de m\u00eame sexe ou un animal sera condamn\u00e9 au b\u00fbcher\u00a0\u00bb (art. 116).<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><em>L\u2019accusation g\u00e9n\u00e9rique de meurtre<\/em><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Suite \u00e0 ce recadrage historique, nous pouvons d\u00e9sormais prendre acte des accusations qui ont concern\u00e9 les trois groupes. Quelques unes ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 recens\u00e9es pr\u00e9alablement. Les juifs se seraient sp\u00e9cialis\u00e9s dans le rapt d\u2019enfants \u00e0 partir du XIe\u00a0; les tsiganes, en plus d\u2019\u00eatre voleurs, sorciers et agents du diable, sont des espions pour le compte des Turcs\u00a0; les sodomites quant \u00e0 eux sont des h\u00e9r\u00e9tiques adeptes du crime innommable. Cependant, \u00e0 la diff\u00e9rence des juifs et tsiganes, le sodomite est un membre de la communaut\u00e9\u2026 il porte atteinte \u00e0 l\u2019ordre du masculin et du f\u00e9minin. Aussi, est-il partiellement d\u00e9douan\u00e9 de ces actes puisque les pratiques homosexuelles \u00e9taient r\u00e9put\u00e9es se r\u00e9pandre par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019influences \u00e9trang\u00e8res. Au Moyen Age il s\u2019agissait d\u2019un \u00ab\u00a0go\u00fbt arabe\u00a0\u00bb. Avec la d\u00e9couverte du Nouveau Monde l\u2019accusation de sodomie fut \u00e9galement associ\u00e9e, dans les r\u00e9cits de voyage, \u00e0 l\u2019image des terres \u00e9trang\u00e8res. \u00ab\u00a0Les Indiens mangent de la chair humaine et sont des sodomites\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>. Toutefois, ainsi que le soulignent Florence Tamagne et Maurice Lever, l\u2019id\u00e9e que les conduites homosexuelles \u00e9taient le produit d\u2019influences ext\u00e9rieures permettait cependant d\u2019imaginer une \u00e9ventuelle conversion du \u00ab\u00a0sodomite\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0a promis de se corriger\u00a0\u00bb \u00e9tait souvent not\u00e9 en marge des rapports de police de la France des Lumi\u00e8res, faisant d\u2019eux \u00e0 cette \u00e9poque des \u00ab\u00a0marginaux intentionnels\u00a0\u00bb. Cette perception des homosexuels en tant que marginaux existentiels et marginaux intentionnels, nous l\u2019avons vu, est une des sp\u00e9cificit\u00e9 de la politique nazie vis-\u00e0-vis des homosexuels. Cela les distingue fondamentalement des tsiganes et des juifs qui sont d\u00e9finitivement des marginaux existentiels dont, pour les nazis, la soci\u00e9t\u00e9 allemande devait \u00eatre d\u00e9barrass\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019accusation de meurtre commis \u00e0 des fins magiques ou mal\u00e9fiques, constitue une constante. Ce th\u00e8me est un arch\u00e9type qui refait surface d\u00e8s que la soci\u00e9t\u00e9 est confront\u00e9e \u00e0 des \u00e9trangers troublants. Poliakov le montre, entre 1141 et 1150, l\u2019accusation surgit en trois endroits, et sous trois formes diff\u00e9rentes. Le th\u00e8me, en effet, n\u2019en est arriv\u00e9 qu\u2019au terme d\u2019une longue \u00e9volution \u00e0 sa version derni\u00e8re \u2013 l\u2019assassinat d\u2019un enfant chr\u00e9tien dans le but d\u2019incorporer son sang au pain azyme. Cette l\u00e9gende se d\u00e9clina aussi autour de l\u2019accusation de la profanation d\u2019hosties, reprenant l\u2019id\u00e9e de d\u00e9icide. La premi\u00e8re histoire nous vient de Paris et date de 1290. En 1298, la m\u00eame histoire d\u2019hostie profan\u00e9e surgit \u00e0 R\u00f6ttingen en Allemagne<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>. Ce th\u00e8me se combine rapidement avec la croyance en l\u2019existence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 juive secr\u00e8te et myst\u00e9rieuse<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>. Nous l\u2019avons \u00e9voqu\u00e9, la premi\u00e8re affaire de meurtre rituel surgit en 1144 en Angleterre. Le corps d\u2019un jeune apprenti aurait \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert la veille du Vendredi saint dans un bois pr\u00e8s de Norwich, le bruit courut que le gar\u00e7on aurait \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 par les Juifs, en d\u00e9rision de la Passion du Sauveur<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a> (l\u2019un des principaux accusateurs, le moine Theobald de Cambridge, \u00e9tait un ren\u00e9gat juif, baptis\u00e9 de fra\u00eeche date). L\u2019affaire suivante para\u00eet en 1147, \u00e0 W\u00fcrzburg. Yerushalmi relate qu\u2019en mai 1171, un valet-servant chr\u00e9tien pr\u00e9tendit avoir vu un juif jeter le corps d\u2019un enfant \u00e0 la Loire. Aucun cadavre ne fut retrouv\u00e9, mais la quarantaine de juifs r\u00e9sidant en la ville furent jet\u00e9s en prison<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>. D\u2019apr\u00e8s les recherches de Fran\u00e7ois de Vaux de Foletier, un autre sujet de crainte face aux tsiganes \u00e9tait la disparition des enfants<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>. Plusieurs r\u00e9cits d\u2019\u00e9v\u00e9nements ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s comme r\u00e9els mais ils restent sans r\u00e9f\u00e9rences\u00a0; toutefois une distinction de taille ne doit pas \u00eatre n\u00e9glig\u00e9e, \u00e0 la diff\u00e9rence des Juifs qui enl\u00e8vent les enfants \u00e0 des fins rituelles, les tsiganes, en amateurs de chair fra\u00eeche, les enl\u00e8vent simplement pour les manger. Cette accusation, surgit \u00e0 nouveau en 1782. La <em>Hamburger neue Zeitung <\/em>affirmat que quatre-vingt-quatre personnes avaient \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9es et d\u00e9vor\u00e9es par des tsiganes en Hongrie. En fait, dans un comitat hongrois, une bande de tsiganes avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e pour vol et \u00e0 cette m\u00eame \u00e9poque des personnes disparurent sans laisser de traces<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>. Cette histoire est une <em>l\u00e9gende urbaine<\/em>. Celles-ci se constituent d\u2019abord sur le mode de la rumeur pour finir en <em>l\u00e9gende urbaine<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire sous la forme d\u2019un r\u00e9cit bref, anonyme, surprenant et exemplaire, <em>id est<\/em> un r\u00e9cit qui poss\u00e8de un message implicite\u00a0; ici les tsiganes sont cannibales<em>.<\/em><\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><em>Des agents du diable<\/em><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-244 alignleft\" src=\"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2016-10-01-a\u0300-18.57.36-293x300.png\" alt=\"Diable\" width=\"293\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2016-10-01-a\u0300-18.57.36-293x300.png 293w, https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2016-10-01-a\u0300-18.57.36-147x150.png 147w, https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2016-10-01-a\u0300-18.57.36.png 601w\" sizes=\"(max-width: 293px) 100vw, 293px\" \/>D\u00e8s le Ve si\u00e8cle, l\u2019association avec le Malin appara\u00eet dans les \u00e9crits de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jean_Chrysostome\">Jean Chrysostome<\/a> (\u2020\u00a0407). La synagogue est pour lui un \u00ab\u00a0lupanar, lieu de tous les m\u00e9faits, asile des d\u00e9mons, citadelle du diable.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a> Les <em>M\u00e9moires<\/em> r\u00e9dig\u00e9es, au d\u00e9but du XIIe si\u00e8cle, par Guibert, abb\u00e9 de Nogent-sur-Coucy, sont une autre illustration qui met en avant ces amiti\u00e9s particuli\u00e8res nou\u00e9es avec le Malin. Il nous narre une anecdote qui associe les juifs \u00e0 la sorcellerie et au diable. Il s\u2019agit de l\u2019histoire d\u2019un jeune moine qui, tomb\u00e9 malade, fait la connaissance d\u2019un m\u00e9decin juif. A l\u2019instigation de celui-ci, il rencontre Satan en personne qui lui propose un pacte. \u00ab\u00a0<em>Et que te sacrifierai-je\u00a0? demande le moine. \u2013 Ce qu\u2019il y a de plus d\u00e9lectable dans l\u2019homme. \u2013 Quoi donc\u00a0? \u2013 Tu feras une libation de ton sperme<\/em> [\u2026].\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette association du malin et de la sexualit\u00e9 fait aussi partie des chefs d\u2019accusation des Templiers\u00a0: accus\u00e9s d\u2019h\u00e9r\u00e9sie, de sodomie, et d\u2019avoir pactis\u00e9 avec le diable. Plus encore, Poliakov montre que les l\u00e9gendes qui circulent sur les Juifs au XVe si\u00e8cle<a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a> r\u00e9unissent simultan\u00e9ment tous les attributs du Diable (cornu, dot\u00e9 de griffes, d\u2019une queue\u00a0; il est noir, il porte une barbe de bouc, il exhale une odeur forte \u2013 autant de symboles de la lubricit\u00e9). De plus, ne f\u00eatent-ils pas le <em>sabbat<\/em>, tout comme les sorci\u00e8res et les diables\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, l\u2019agent principal, du Diable sur terre est la sorci\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire une femme, symbole de l\u2019impuret\u00e9, de la faiblesse, de la tentation, du p\u00e9ch\u00e9. Cette \u00e9vocation de la sorci\u00e8re nous permet de nous pencher bri\u00e8vement sur la figure de la juive et de la tsigane. Lorsque celles-ci sont vieilles, elles sont effectivement repr\u00e9sent\u00e9es sous les traits de la sorci\u00e8re\u00a0; cependant, c\u2019est la jeune juive ou la jeune tsigane, femme au charme envo\u00fbtant, qui est associ\u00e9e \u00e0 la concupiscence. Hans Mayer le souligne, \u00ab\u00a0la litt\u00e9rature fourmille, surtout au th\u00e9\u00e2tre, de cette \u00ab\u00a0belle Juive\u00a0\u00bb et de son amant non juif, qui [\u2026] est entra\u00een\u00e9 de mani\u00e8re suspecte dans les filets d\u2019une sensualit\u00e9 troublante et hors-norme. Cela va de <em>La Juive de Tol\u00e8de <\/em>de Lope de Vega [\u2026] \u00e0 B\u00e9r\u00e9nice, la belle princesse juive de Racine\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-239 alignleft\" src=\"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/220px-Wittenberg_Judensau_Grafik-183x300.jpg\" alt=\"judensau_grafik\" width=\"183\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/220px-Wittenberg_Judensau_Grafik-183x300.jpg 183w, https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/220px-Wittenberg_Judensau_Grafik-91x150.jpg 91w, https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/220px-Wittenberg_Judensau_Grafik.jpg 220w\" sizes=\"(max-width: 183px) 100vw, 183px\" \/>Pour revenir \u00e0 la th\u00e9matique du diable et de la lubricit\u00e9 nous pouvons voir dans le motif de la <em>Judensau<\/em> une de ses manifestations paroxystiques. Ce motif fit son apparition au XIIIe si\u00e8cle\u00a0; on le retrouve par exemple sur la <em>Br\u00fcckenturm<\/em> de Francfort. Le haut du tableau repr\u00e9sente un enfant victime du meurtre rituel commis pas les juifs\u00a0; la partie basse est compos\u00e9e de deux \u00e9l\u00e9ments. Au premier plan, trois juifs et une truie qui se repa\u00eet d\u2019excr\u00e9ments. Le premier juif lui t\u00e8te les mamelons, un autre la monte et le troisi\u00e8me lui embrasse l\u2019anus. En arri\u00e8re plan, trois personnages\u00a0: le diable affubl\u00e9 de cornes ainsi qu\u2019une Juive embrassant un bouc. Ce tableau est particuli\u00e8rement saisissant dans la mesure o\u00f9 le Malin, associ\u00e9 au p\u00e9ch\u00e9 et \u00e0 la lubricit\u00e9 absolue, appara\u00eet par trois fois, sous trois formes. Il est repr\u00e9sent\u00e9 au travers de la truie dont les juifs tirent le lait et aspirent la d\u00e9f\u00e9cation, une seconde fois il est repr\u00e9sent\u00e9 au travers du bouc, animal commettant g\u00e9n\u00e9ralement le p\u00e9ch\u00e9 de sodomie, mais associ\u00e9 ici \u00e0 la femme juive<a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a>, en dernier lieu, il est Satan en personne. Aussi, y voyons-nous le motif de la <em>Teufelsbuhlschaft<\/em> (liaison charnelle avec le diable) qui est l\u2019un des rites initiatiques des sorciers et sorci\u00e8res. A ce propos, Freddy Rapha\u00ebl, dans son article \u00ab\u00a0le Juif et le diable dans la civilisation de l\u2019Occident\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a> analyse en d\u00e9tail les origines et r\u00e9surgences de l\u2019association du juif et du diable. Wilhelm Solms, dans son \u00e9tude sur les contes anciens, analyse quant \u00e0 lui la diabolisation des juifs et tsiganes. Le seul r\u00e9f\u00e9rent commun que ce dernier met en lumi\u00e8re est celui du lieu de r\u00e9union ou de l\u2019\u00e9tablissement de campements qui est imagin\u00e9 comme lieu de rendez-vous avec le diable (sabbat). Une illustration de ce lien est le conte intitul\u00e9 \u00ab\u00a0comment le tsigane voulut voler sa place au diable.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a><\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Conclusion<\/em><\/strong><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors que Wolfgang Wippermann s\u2019est efforc\u00e9 de montrer dans son ouvrage <em>Wie die Zigeuner\u00a0; Antisemitismus und Antitsiganismus im Vergleich<\/em> que l\u2019antis\u00e9mitisme et l\u2019antitsiganisme ont \u00e9t\u00e9 forg\u00e9s dans le m\u00eame moule, nous sommes dans l\u2019obligation de constater que malgr\u00e9 des motifs d\u2019accusation communs, l\u2019antitsiganisme aussi bien du point de vue de sa gen\u00e8se, de ses formes d\u2019expression que de son d\u00e9veloppement reste fort distinct de l\u2019antis\u00e9mitisme. Les groupes marginaux pr\u00e9sents dans la soci\u00e9t\u00e9 cristallisent les peurs et angoisses de celle-ci, qui se manifestent autour d\u2019id\u00e9es-forces r\u00e9currentes et persistantes telles que le complot (au service du diable ou d\u2019une puissance \u00e9trang\u00e8re) ou encore l\u2019atteinte \u00e0 l\u2019enfant, incarnation de l\u2019innocence. C\u2019est en effet au Moyen-Age que l\u2019Europe a fond\u00e9 la notion de bouc-\u00e9missaire visant un groupe ou une personne d\u00e9sign\u00e9s \u00e0 la vindicte, stigmatis\u00e9s et vou\u00e9s \u00e0 \u00eatre pers\u00e9cut\u00e9s A cette vision contractuelle du bouc-\u00e9missaire (pacte avec le diable par exemple) s\u2019ajoutait une vision organiciste (le juif ou le tsigane devient alors incarnation du diable). S\u2019agissant des homosexuels, nous n\u2019avons pu trouver qu\u2019occasionnellement des motifs communs, ce qui ne permet pas de conclure qu\u2019il y aurait quelques traits communs du point de vue de la gen\u00e8se de la pers\u00e9cution des homosexuels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En nous souvenant de notre questionnement originel li\u00e9 \u00e0 la pers\u00e9cution des trois groupes de victimes comm\u00e9mor\u00e9s dans la pierre, parce que victimes du nazisme, il est certain que lorsque nous nous r\u00e9f\u00e9rons au IIIe Reich, c\u2019est bien en tant qu\u2019ensemble d\u2019individus ayant des caract\u00e8res communs, de groupes, qu\u2019ils furent discrimin\u00e9s, pourchass\u00e9s voire extermin\u00e9s. Cette stigmatisation a des racines profondes, ancr\u00e9es dans les mentalit\u00e9s collectives depuis le Moyen-Age. Toutefois, Hans Mayer le souligne, il n\u2019existe pas de communaut\u00e9 de marginaux, c\u2019est pourquoi on ne peut nommer les trois groupes ensemble que lorsque l\u2019on s\u2019int\u00e9resse \u00e0 eux dans leur \u00ab\u00a0n\u00e9gativit\u00e9\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire en tant que groupes de victimes. Dans bien des cas, les groupes \u00ab\u00a0accus\u00e9s\u00a0\u00bb seraient donc par cons\u00e9quent \u00ab\u00a0interchangeables\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces repr\u00e9sentations de l\u2019ennemi nous permettent de d\u00e9couvrir que, loin d\u2019\u00e9tablir un droit \u00e0 la diff\u00e9rence, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 est apparue comme ins\u00e9parable de la construction identitaire qui s\u2019est ainsi trouv\u00e9e plac\u00e9e au c\u0153ur des repr\u00e9sentations de l\u2019Europe chr\u00e9tienne, puis plus tard dans le cadre de la constitution des Etats nations. Le patriotisme devenant une religion civile, les accusations de complot avec les forces obscures du diable perdirent de leur force pour faire place \u00e0 d\u2019autres motifs mat\u00e9rialisant la volont\u00e9 d\u2019\u00e9liminer toutes les forces disruptives dans la soci\u00e9t\u00e9, faisant de l\u2019argument de la marginalit\u00e9 la justification de l\u2019inimit\u00e9 des membres des groupes en question.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ass\u00e9o, Henriette, <em>Les Tsiganes une destin\u00e9e europ\u00e9enne<\/em>, Paris, Gallimard, 1994.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chiffoleau, Jacques, \u00ab\u00a0Dire l\u2019indicible. Remarques sur la cat\u00e9gorie de nefandum du XIIe au<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">XVe si\u00e8cle\u00a0\u00bb, <em>Annales HSC<\/em>, 45 (2), 1990.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Eisenberg, Josy, <em>Une histoire des <\/em>juifs, Paris, CAL, 1970.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Goffman, Erving, <em>Stigmate\u00a0: les usages sociaux des handicaps<\/em>, Paris, Minuit, 1963.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Halperin, David, \u00ab\u00a0How to do the History of Male Homosexuality\u00a0\u00bb, <em>GLQ<\/em>, 6 (1), 2000, pp. 87-124.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Langmuir, Gavin. I., \u00ab\u00a0Thomas of Monmouth, Detector of Ritual Murder\u00a0\u00bb, <em>Speculum. <\/em><em>A journal of Medieval Studies<\/em>, 59, 1984.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maciejewski, Franz, \u00ab\u00a0Elemente des Antiziganismus\u00a0\u00bb, in Owusi, Anita, <em>Stichwort: Zigeuner<\/em>, Heidelberg, Wunderhorn, 1998.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mayer, Hans, <em>Les marginaux. Femmes, Juifs et homosexuels dans la litt\u00e9rature <\/em><em>europ\u00e9enne<\/em>, Paris, Albin Michel (coll. 10\/18), 1994.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Moore, Robert I., <em>La pers\u00e9cution. S<\/em><em>a formation en Europe, Xe-XIIIe si\u00e8cle<\/em>, Paris, Belles Lettres, 1992.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Percheret, Annie, <em>Une<\/em> <em>histoire des Juifs de France<\/em>, Paris, Cerf, 1988.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Poliakov, L\u00e9on, <em>Histoire de l\u2019antis\u00e9mitisme<\/em>, Paris, Calmann L\u00e9vy, 1981.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rapha\u00ebl, Freddy, \u00ab\u00a0le Juif et le diable dans la civilisation de l\u2019Occident\u00a0\u00bb, <em>Social Compass<\/em>, 19 (4), 1972, pp. 549-566.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u2014, \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9tranger de Georg Simmel\u00a0\u00bb, in Watier, Patrick (dir.), <em>Georg Simmel, La sociologie et l\u2019exp\u00e9rience du monde moderne<\/em>, Paris, Meridien-Klincksieck, 1986.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tamagne, Florence, <em>Mauvais genre\u00a0? Une histoire des repr\u00e9sentations de l\u2019homosexualit\u00e9<\/em>, Paris,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Martini\u00e8re, 2001.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Wippermann, Wolfgang, <em>Wie die Zigeuner<\/em>, Elefanten Press, Berlin, 1997.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vaux de Foletier (de), Fran\u00e7ois, <em>Les Tsiganes dans l\u2019ancienne France<\/em>, Paris, Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Edition G\u00e9ographique et Touristique, 1961.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Yerushalmi, Yosef H., <em>Zakhor<\/em>, Paris, Gallimard, 1984.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">Notes<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Par tsiganes nous entendons les roms, manouches, kald\u00e9raches et sinti.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Freddy Rapha\u00ebl, \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9tranger de Georg Simmel\u00a0\u00bb, in: Patrick Watier (dir.), <em>Georg Simmel, La sociologie et l\u2019exp\u00e9rience du monde moderne<\/em>, Paris, Meridien-Klincksieck, 1986, p. 260.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Tout comme les T\u00e9moins de J\u00e9hovah d\u2019ailleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Pour Goffman, le stigmate correspond \u00e0 toute caract\u00e9ristique propre \u00e0 un individu qui, si elle est connue, le discr\u00e9dite aux yeux des autres. \u00ab\u00a0<em>Les grecs [\u2026] invent\u00e8rent le terme de stigmate pour d\u00e9signer des marques corporelles destin\u00e9es \u00e0 exposer ce qu\u2019avait d\u2019inhabituel et de d\u00e9testable le statut moral de la personne ainsi signal\u00e9e. Ces marques \u00e9taient grav\u00e9es au fer rouge, et proclamaient que ce lui qui les portait \u00e9tait un esclave, un criminel ou un tra\u00eetre, bref, un individu frapp\u00e9 d\u2019infamie<\/em>\u00a0\u00bb, in\u00a0: Erving Goffman, <em>Stigmate\u00a0: les usages sociaux des handicaps<\/em>, Paris, Minuit, 1963, p. 11).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Pour reprendre le titre donn\u00e9 par Hans Mayer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> A condition que l\u2019on accepte de consid\u00e9rer qu\u2019avant l\u2019invention de la personne homosexuelle (1869) il existait d\u00e9j\u00e0 des individus ayant des comportements homosexuels, mais qui n\u2019\u00e9taient pas encore nomm\u00e9s tels, c&rsquo;est-\u00e0-dire comme d\u00e9tenteurs de cet attribut identitaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> L\u00e9on Poliakov L\u00e9on, Histoire de l\u2019antis\u00e9mitisme, Paris, Calmann L\u00e9vy, 1981, pp. 260-261.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Henriette Ass\u00e9o, Les Tsiganes une destin\u00e9e europ\u00e9enne, Paris, Gallimard, 1994, p. 37.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> <em>Ibid.<\/em> pp.58-59.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Poliakov, <em>Op. cit.<\/em>, p. 16.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Annie Percheret, <em>histoire des Juifs de France<\/em>, Paris, Cerf, 1988, p. 40.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Poliakov, p. 240<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Percheret, 1988, p. 86.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Yosef H. Yerushalmi, <em>Zakhor<\/em>, Paris, Gallimard, 1984,p. 61.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Albrecht Krants, <em>Saxonia<\/em>, livre IX, Cologne, 1530 (trad. Fr\u00e9d\u00e9ric Max).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Wolfgang Wippermann, <em>Wie die Zigeuner<\/em>, Elefanten Press, Berlin, 1997, p. 59.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> Franz Maciejewski, \u00ab\u00a0Elemente des Antiziganismus\u00a0\u00bb, in: Anita Owusi, <em>Stichwort: Zigeuner<\/em>, Heidelberg, Wunderhorn, 1998, pp. 9-29, ici p. 14.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Pour plus de d\u00e9tails \u00e0 ce sujet, <em>cf.<\/em>: David Halperin, \u00ab\u00a0How to do the History of Male Homosexuality\u00a0\u00bb, <em>GLQ<\/em>, 6:1, 2000, pp. 87-124.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> <em>Cf.<\/em> Jacques Chiffoleau, \u00ab\u00a0Dire l\u2019indicible. Remarques sur la cat\u00e9gorie de nefandum du XIIe au XVe si\u00e8cle\u00a0\u00bb, <em>Annales HSC<\/em>, 45 (2), 1990, pp. 289-324.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> En 1270, le Coutumier de Paris [\u2026], ne fait que reprendre mot pour mot, dans son chapitre 90 le \u00a7 78 de la <em>Coutume de Touraine<\/em> (<em>cf<\/em>.\u00a0: Maurice LEVER, <em>Les b\u00fbchers de Sodome<\/em>, Paris, Fayard, 1985, pp. 47-48).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> Florence Tamagne, <em>Mauvais genre\u00a0? Une histoire des repr\u00e9sentations de l\u2019homosexualit\u00e9<\/em>, Paris, La Martini\u00e8re, 2001, p. 22.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> Poliakov, p. 283.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 255<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> <em>Cf.<\/em>: Gavin. I. Langmuir, \u00ab\u00a0Thomas of Monmouth, Detector of Ritual Murder\u00a0\u00bb, in: <em>Speculum. <\/em><em>A journal of Medieval Studies<\/em>, 59, 1984, pp. 820-846.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> Yerushalmi, p. 64<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> Fran\u00e7ois de Vaux de Foletier, <em>Les Tsiganes dans l\u2019ancienne France<\/em>, Paris, Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Edition G\u00e9ographique et Touristique, 1961, 246p., p. 139.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> Ass\u00e9o, 1994, pp. 49-51.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> Josy Eisenberg, <em>Une histoire des <\/em>juifs, Paris, CAL, 1970, p. 26.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> Robert I. Moore, <em>La pers\u00e9cution. S<\/em><em>a formation en Europe, Xe-XIIIe si\u00e8cle<\/em>, Paris, Les Belles Lettres, 1992, p.\u00a044.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> Poliakov, p. 317.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> Hans Mayer, <em>Les marginaux. Femmes, Juifs et homosexuels dans la litt\u00e9rature <\/em>europ\u00e9enne, Paris, Albin Michel (coll. 10\/18), 1994, p.\u00a0334.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> L\u00e9v. XX, 13.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> Freddy Rapha\u00ebl, \u00ab\u00a0le Juif et le diable dans la civilisation de l\u2019Occident\u00a0\u00bb, <em>Social Compass<\/em>, 19 (4), 1972, pp.\u00a0549-566.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> \u201eWie der Teufel den Zigeuner auf seinen Platz stellen wollte\u201c (in: Solms Wilhelm, \u201e<em>Zigeunerbilder\u201c in der deutschsprachigen Literatur<\/em>, Dokumentations- und Kulturzentrum Deutscher Sinti und Roma, Heidelberg, 1995, p.\u00a087).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">*****<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Article paru dans\u00a0<strong><em>La construction de l&rsquo;ennemi<\/em> <\/strong>(dir. Freddy Rapha\u00ebl,\u00a0et al.), Strasbourg, N\u00e9oth\u00e8que, 2009.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La constitution en \u00ab\u00a0groupes de victimes\u00a0\u00bb d\u2019individus stigmatis\u00e9s, pers\u00e9cut\u00e9s voire extermin\u00e9s par les nazis ainsi que de leurs h\u00e9ritiers compte parmi les legs de la Seconde Guerre mondiale. Parmi ces groupes, trois d\u2019entre eux sont depuis quelques ann\u00e9es associ\u00e9s dans la comm\u00e9moration, il s\u2019agit des juifs, des tsiganes[1] et des\u2026<\/p>\n<p class=\"continue-reading-button\"> <a class=\"continue-reading-link\" href=\"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/?p=236\">Lire la suite&#8230;<i class=\"crycon-right-dir\"><\/i><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":241,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[132,12,131,129,72,124,125,130,19,34,128,126,127],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/236"}],"collection":[{"href":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=236"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/236\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":248,"href":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/236\/revisions\/248"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/241"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=236"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=236"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=236"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}