{"id":288,"date":"2016-12-11T10:50:34","date_gmt":"2016-12-11T09:50:34","guid":{"rendered":"http:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/?p=288"},"modified":"2016-12-11T10:51:09","modified_gmt":"2016-12-11T09:51:09","slug":"raewynn-connel-masculinites-enjeux-sociaux-de-lhegemonie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/?p=288","title":{"rendered":"Raewyn Connel &#8211; Masculinit\u00e9s, enjeux sociaux de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Historiquement et \u00e9pist\u00e9mologiquement, les recherches sur les masculinit\u00e9s ont \u00e9merg\u00e9 au sein de celles sur le genre, \u00e0 partir de la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1980. Selon Reawyn Connell (Universit\u00e9 de Sydney), la masculinit\u00e9 est avant-tout relationnelle et processuelle. Elle ne peut-\u00eatre \u00e9tudi\u00e9e qu\u2019en allant au-del\u00e0 de d\u00e9finitions essentialistes, s\u00e9miotiques et normatives, car faite de rapports et de relations qui s\u2019inscrivent dans des configurations de genre historiquement et socialement situ\u00e9es, accessibles de mani\u00e8re privil\u00e9gi\u00e9e \u00e0 travers l\u2019usage des m\u00e9thodes biographiques dont l\u2019\u00e9tude de parcours de vie. Depuis la publication de <em>Masculinities<\/em> en 1995, les travaux de Connell ont r\u00e9volutionn\u00e9 les recherches sur les masculinit\u00e9s sans pour autant \u00eatre accessibles au public francophone. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9dition de <em>Masculinit\u00e9s <\/em>\u00e9tablie par M\u00e9o\u00efn Hag\u00e8ge et Arthur Vuattoux, c\u2019est d\u00e9sormais chose faite. Cependant, \u00e0 la diff\u00e9rence de l\u2019\u00e9dition originale, la version fran\u00e7aise ne reprend que quatre des chapitres de la version anglaise (parties 1 et 2 de l\u2019ouvrage), tout en y adjoignant une troisi\u00e8me partie \u00ab\u00a0in\u00e9dite\u00a0\u00bb portant sur la sant\u00e9 des hommes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la premi\u00e8re partie de l\u2019ouvrage, le concept de masculinit\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique, formalis\u00e9 par Connell d\u00e8s 1995 et d\u00e9fini comme \u00e9tant une \u00ab\u00a0configuration des pratiques de genre visant \u00e0 assurer la perp\u00e9tuation du patriarcat et la domination des hommes sur les femmes\u00a0\u00bb est explicit\u00e9. Suite \u00e0 cela, les concepts de masculinit\u00e9 complice (qui l\u00e9gitime la masculinit\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique et b\u00e9n\u00e9ficie des \u00ab\u00a0dividendes du patriarcat\u00a0\u00bb), de masculinit\u00e9 subordonn\u00e9e (les homosexuels) et de masculinit\u00e9 marginalis\u00e9e (parce que plac\u00e9e sous la d\u00e9pendance de la masculinit\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique sans pour autant la l\u00e9gitimer) sont clarifi\u00e9s. Cet exercice permet de comprendre dans quelle mesure les masculinit\u00e9s sont plurivoques car en interrelation entre-elles et avec les f\u00e9minit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La deuxi\u00e8me partie du livre est d\u00e9di\u00e9e \u00e0 deux passionnantes \u00e9tudes de cas. La premi\u00e8re, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0vivre vite et mourir jeune\u00a0\u00bb porte sur les parcours de vie de huit jeunes hommes issus des classes populaire australiennes. Cinq poss\u00e8dent les caract\u00e9ristiques sociales suivantes\u00a0: ch\u00f4meurs, en conflit avec les institutions publiques, pas ou peu dipl\u00f4m\u00e9s\u00a0; tandis que trois autres sont employ\u00e9s. Tous ont pour point commun d\u2019avoir connu et de conna\u00eetre une exp\u00e9rience partag\u00e9e de la violence. \u00c0 commencer par celle de l\u2019Etat, exp\u00e9riment\u00e9e d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole, institution contre laquelle il s\u2019agit de s\u2019opposer. Ensuite, Connell d\u00e9veloppe le th\u00e8me de la masculinit\u00e9 comme pratique collective (faite de f\u00eates et de violences) et comme mode de protestation. Ainsi, au sujet de deux des enqu\u00eat\u00e9s, l\u2019auteur ne manque pas de souligner que \u00ab\u00a0<em>Mal Walton a beau \u00eatre fort et avoir des tatouages effrayants, il ne sait pas lire. Eel a beau savoir se battre, la police en tant qu\u2019institution, reste plus forte que tous ces amis r\u00e9unis<\/em>\u00a0\u00bb (p. 125). Et de conclure que certaines formes de masculinit\u00e9 ont des allures de cul-de-sac\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La seconde \u00e9tude de cas, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0un gay tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9ro\u00a0\u00bb pose ensuite la question des interpr\u00e9tations de l\u2019homosexualit\u00e9 masculine par la culture patriarcale. Elle s\u2019appuie sur une enqu\u00eate, men\u00e9e par entretiens, aupr\u00e8s de huit hommes li\u00e9s \u00e0 la communaut\u00e9 gay de Sydney. Selon Connell, \u00ab\u00a0<em>l\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019homosexualit\u00e9 masculine par la culture patriarcale est simple\u00a0: les gays manqueraient de masculinit\u00e9\u00a0<\/em>\u00bb (p. 131). Or, remarque Connell, les enqu\u00eat\u00e9s ont tous pour point de r\u00e9f\u00e9rence la masculinit\u00e9 (aussi bien du point de vue de leur choix d\u2019objet que de leur personnalit\u00e9). Au final, ce qui poserait probl\u00e8me, serait l\u2019outrage que les homosexuels font \u00e0 la masculinit\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique. Suivre un tel fil directeur permettrait de mieux comprendre pourquoi et comment la relation entre la masculinit\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique et la masculinit\u00e9 homosexuelle a impliqu\u00e9 la criminalisation du sexe entre hommes tout comme des formes diverses d\u2019intimidation et de violence (p. 147).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, la troisi\u00e8me partie de l\u2019ouvrage s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la sant\u00e9 des hommes, question qui fut travaill\u00e9e d\u00e8s 1983 par Connell \u00e0 travers le concept d\u2019incarnation. Dans un premier chapitre (r\u00e9dig\u00e9 avec S. Kippax), les auteures \u00e9clairent la question des pratiques sexuelles des hommes ayant des relations avec des hommes au temps du VIH\/sida. L\u2019enqu\u00eate quantitative men\u00e9e permet de mieux conna\u00eetre les pratiques sexuelles des hommes qui d\u00e9sirent les hommes (18 pratiques sont recens\u00e9es dans l\u2019enqu\u00eate) et de les corr\u00e9ler au plaisir \u00e9prouv\u00e9. On notera que parmi les pratiques procurant le plus de plaisir, les enqu\u00eat\u00e9s d\u00e9clarent pr\u00e9f\u00e9rer les contacts sensuels (90\u00a0%), puis le sexe oral (79\u00a0%) et les baisers (76%). Dans un second temps, les auteures \u00e9tudient la satisfaction du point de vue des pratiques. Elles remarquent ainsi que les rapports anaux sans pr\u00e9servatifs comptent parmi celles qui sont qualifi\u00e9es les plus satisfaisantes physiquement bien qu\u2019elles soient les plus dangereuses en termes de sant\u00e9 publique (p. 182). De l\u00e0 d\u00e9coule un paradoxe mis en lumi\u00e8re par l\u2019enqu\u00eate, \u00e0 savoir que les hommes de l\u2019\u00e9chantillon ne font pas toujours ce qu\u2019ils aiment et n\u2019aiment pas toujours ce qu\u2019ils font (p. 199), notamment en raison de limitations dues \u00e0 la transmission de maladies sexuellement transmissibles. Ces r\u00e9sultats sont autant d\u2019invitation \u00e0 mieux questionner la sant\u00e9 des hommes, pour mieux la comprendre et ainsi d\u00e9ployer des politiques publiques r\u00e9ellement efficaces. Quelques pistes sont envisag\u00e9es dans les deux derniers chapitres de l\u2019ouvrage. Selon Connell, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des politiques publiques, la sant\u00e9 des hommes et la sant\u00e9 des femmes constituent deux cat\u00e9gories imperm\u00e9ables faisant l\u2019objet de recherches diff\u00e9rentes qui oublient, bien souvent, de tisser et d\u2019analyser analyser les liens entre hommes et femmes. Enfin, le dernier chapitre de l\u2019ouvrage invite \u00e0 une conceptualisation des relations entre genre et sant\u00e9 qui aille au-del\u00e0 de la perspective cat\u00e9gorielle (qui oppose hommes et femmes) pour privil\u00e9gier, ici aussi, une approche relationnelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Raewyn Connel, <em>Masculinit\u00e9s\u00a0: enjeux sociaux de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie<\/em>, \u00e9d. \u00e9tablie par M\u00e9o\u00efn Hag\u00e8ge et Arthur Vuattoux, Paris, \u00e9ditions Amsterdam, 2014, 294 p.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Recension parue dans\u00a0<em>Les cahiers du Genre<\/em>, n\u00b061, 2016.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Historiquement et \u00e9pist\u00e9mologiquement, les recherches sur les masculinit\u00e9s ont \u00e9merg\u00e9 au sein de celles sur le genre, \u00e0 partir de la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1980. Selon Reawyn Connell (Universit\u00e9 de Sydney), la masculinit\u00e9 est avant-tout relationnelle et processuelle. 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