{"id":322,"date":"2017-02-15T11:14:33","date_gmt":"2017-02-15T10:14:33","guid":{"rendered":"http:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/?p=322"},"modified":"2017-02-15T11:27:06","modified_gmt":"2017-02-15T10:27:06","slug":"enfermements-iii-le-genre-enferme-hommes-et-femmes-en-milieux-clos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/?p=322","title":{"rendered":"Genre et sexualit\u00e9 dans l\u2019univers concentrationnaire nazi"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Les camps de concentration nazis peuvent \u00eatre d\u00e9finis comme des \u00ab\u00a0institutions totales\u00a0\u00bb monosexu\u00e9es. Tout comme dans les couvents, casernes ou prisons, les \u00ab\u00a0reclus\u00a0\u00bb y vivent coup\u00e9s du monde ext\u00e9rieur\u00a0; leur quotidien est soumis \u00e0 une discipline stricte et r\u00e9gl\u00e9e par l\u2019institution formulant toute une s\u00e9rie d\u2019interdits, dont celui des relations sexuelles<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Cependant, comme le montrent les travaux du sociologue Erving Goffman sur ce type d\u2019institutions<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, les intern\u00e9s parviennent \u00e0 y mettre en \u0153uvre des strat\u00e9gies d\u2019\u00ab\u00a0adaptation secondaire\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0des pratiques qui, sans provoquer directement le personnel, permettent aux reclus d\u2019obtenir des satisfactions interdites<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>\u00bb. Parmi ces derni\u00e8res figurent les relations sexuelles. Or, bien que de nombreux t\u00e9moignages mentionnent la vie sexuelle en camps, rares sont les rescap\u00e9s qui s\u2019attardent sur leur exp\u00e9rience. Les t\u00e9moignages les plus riches en la mati\u00e8re, ceux auxquels nous allons faire appel par la suite, ont pour point commun d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9s imm\u00e9diatement apr\u00e8s la guerre, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 un moment o\u00f9 la m\u00e9moire collective consensuelle des camps de concentration ne s\u2019\u00e9tait pas encore s\u00e9diment\u00e9e<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. On y observe que l\u2019organisation de la sexualit\u00e9 comme march\u00e9 se rapproche de celle que les sociologues ont mise en lumi\u00e8re pour les milieux carc\u00e9raux contemporains. Ceci s\u2019explique en partie par la gen\u00e8se du syst\u00e8me concentrationnaire\u00a0: d\u00e8s la cr\u00e9ation des camps en 1933, la population \u00e9tait compos\u00e9e d\u2019opposants au r\u00e9gime hitl\u00e9rien et de prisonniers de droit commun<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les recherches men\u00e9es par des sociologues de la prison montrent en premier lieu que le rapport \u00e0 la sexualit\u00e9 en milieu carc\u00e9ral varie selon le genre<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les femmes cr\u00e9eraient des couples au sein desquels les plus \u00ab\u00a0masculines\u00a0\u00bb joueraient le r\u00f4le de maris et de protecteur (reproduisant ainsi les principes d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 patriarcale dans laquelle les femmes sont d\u00e9pendantes de leur p\u00e8re puis de leur mari<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>). De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, les hommes \u00e9laboreraient quant \u00e0 eux un \u00ab\u00a0syst\u00e8me pr\u00e9dateur\u00a0\u00bb, caract\u00e9ris\u00e9 par une comp\u00e9tition permanente entre pairs dont l\u2019enjeu serait la production et la consolidation d\u2019une identit\u00e9 masculine ainsi que la pr\u00e9servation d\u2019une image de soi respectable<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Par cons\u00e9quent, ne pas \u00eatre assimil\u00e9 \u00e0 un homosexuel constitue un enjeu important de ce syst\u00e8me ferm\u00e9 et h\u00e9t\u00e9rosexiste au sein duquel les pratiques sexuelles se d\u00e9clinent principalement sous la forme de la prostitution, du viol, et d\u2019une homosexualit\u00e9 dite de situation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ceci nous conduit \u00e0 mettre en \u00e9vidence une seconde variable\u00a0: l\u2019orientation sexuelle. Les recherches men\u00e9es en milieu carc\u00e9ral montrent que les discours des prisonniers sur la sexualit\u00e9 cherchent \u00e0 \u00e9tablir un compromis acceptable pour eux entre une injonction sociale \u00e0 l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 et un contexte environnemental o\u00f9 seules des relations homosexuelles sont possibles. Les d\u00e9tenus \u00e9laborent un \u00ab\u00a0discours rationnalisant l\u2019homosexualit\u00e9 comme \u00e9tant la solution \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019\u00e9tablir des relations affectives h\u00e9t\u00e9rosexuelles<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.\u00a0\u00bb Ce ph\u00e9nom\u00e8ne participe de l\u2019adaptation secondaire \u00e0 l\u2019institution totale telle que d\u00e9crite par Goffman. Ce dernier note que \u00ab\u00a0la plupart des institutions totalitaires ne se contentent pas de s\u00e9parer les sexes pendant la nuit, elles n\u2019admettent comme pensionnaires que des hommes ou des femmes. On a alors toutes chances de trouver dans les grandes institutions, ce que beaucoup d&rsquo;observateurs qualifient de penchants homosexuels, si ce n&rsquo;est de conduites homosexuelles<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Afin de mieux saisir les enjeux soulev\u00e9s par l\u2019homosexualit\u00e9 en camp de concentration, nous examinerons tout d\u2019abord l\u2019attitude de l\u2019institution concentrationnaire face \u00e0 l\u2019homosexualit\u00e9 en tant que pratique, puis l\u2019attitude des intern\u00e9s face \u00e0 leurs camarades \u00e9tiquet\u00e9s en tant qu\u2019\u00ab\u00a0homosexuels\u00a0\u00bb. Dans un second temps, nous nous int\u00e9resserons plus concr\u00e8tement \u00e0 la mani\u00e8re dont des relations affectives et sexuelles sont \u00e9voqu\u00e9es dans les t\u00e9moignages de survivants des camps. Ceci nous permettra <em>in fine<\/em> de mieux \u00e9clairer certaines distinctions entre sexe et genre. Le premier terme renvoie aux d\u00e9terminismes biologiques du masculin et du f\u00e9minin tandis que le second cherche \u00e0 les d\u00e9passer en s\u2019attachant \u00e0 la construction sociale des r\u00f4les masculins et f\u00e9minins. Ainsi, en portant conjointement notre attention sur l\u2019homosexualit\u00e9 (en tant que pratique) et sur les homosexuel.le.s (en tant que cat\u00e9gorie) nous chercherons \u00e0 saisir comment le genre constitue une cat\u00e9gorie d\u2019analyse pertinente pour comprendre les institutions recluses monosexu\u00e9es<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">Les homosexuel.le.s dans les camps de concentration<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les camps de concentration sont des institutions rigoureusement non-mixtes et la sexualit\u00e9 y est rigoureusement proscrite<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. Selon le r\u00e8glement int\u00e9rieur du camp de femmes de Ravensbr\u00fcck, \u00ab\u00a0les rapprochements intentionnellement lesbiens, les \u201ccochonneries\u201d lesbiennes, le non-signalement de tels actes<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>\u00a0\u00bb sont punis. De m\u00eame dans les camps d\u2019hommes, le r\u00e8glement int\u00e9rieur impose de \u00ab\u00a0signaler imm\u00e9diatement [\u2026] les infractions au \u00a7175. Qui omet de le faire sera puni de la m\u00eame fa\u00e7on que le coupable<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. \u00bb Dans les camps de femmes, le r\u00e8glement se r\u00e9f\u00e8re au lesbianisme en tant que pratique tandis que dans les camps d\u2019hommes il est fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019article 175 du code p\u00e9nal allemand (en vigueur depuis 1871, mais aggrav\u00e9 \u00e0 partir de 1935) qui condamne \u00e0 une peine de prison les relations sexuelles entre hommes<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>. Dans un cas comme dans l\u2019autre, la sanction est laiss\u00e9e \u00e0 la discr\u00e9tion de la S.S. (ch\u00e2timents physiques, commando punitif ou prison du camp pour une dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les sanctions concernent tous les intern\u00e9s, quelle que soit leur orientation sexuelle pr\u00e9sum\u00e9e. Celle-ci est pour partie affich\u00e9e sur la tenue des concentrationnaires par des triangles de couleur, selon un syst\u00e8me de classement \u00e9tabli en 1937 et qui distingue une dizaine de cat\u00e9gories principales d\u2019intern\u00e9s<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>. Les \u00ab\u00a0homosexuels\u00a0\u00bb masculins sont ainsi affubl\u00e9s d\u2019un triangle rose<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>. Ce stigmate, tout comme les repr\u00e9sentations communes associ\u00e9es \u00e0 l\u2019homosexualit\u00e9, font des \u00ab\u00a0triangle rose \u00bb des repr\u00e9sentants d\u2019une masculinit\u00e9 subalterne. Ils sont tenus \u00e0 l\u2019\u00e9cart des autres intern\u00e9s, de jour comme de nuit. En journ\u00e9e, ils sont assign\u00e9s aux commandos de travail disciplinaires les plus s\u00e9v\u00e8res (briqueterie, carri\u00e8re, argili\u00e8re et autres commandos de travail connus pour leur taux de mortalit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e). La nuit, ils sont regroup\u00e9s dans des chambr\u00e9es distinctes afin d\u2019\u00e9viter tout risque de \u00ab\u00a0contagion<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>\u00a0\u00bb. En vertu des mesures d\u2019isolement, les triangles roses constituaient donc un groupe social marginalis\u00e9. De plus, les contacts avec les membres des autres groupes (droits communs, politiques, juifs, tsiganes, asociaux, etc.) restaient limit\u00e9s pour plusieurs raisons. Tout d\u2019abord \u00e0 cause de la suspicion et de l\u2019opprobre qu\u2019ils pouvaient susciter, ensuite en raison des sentiments ambivalents qu\u2019ils \u00e9taient susceptibles d\u2019\u00e9veiller, rappelant aux autres intern\u00e9s la mis\u00e8re sexuelle qui r\u00e9gnait dans les camps de concentration<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">La sexualit\u00e9 d\u2019apr\u00e8s les t\u00e9moignages de femmes survivantes des camps<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les t\u00e9moignages des survivantes des camps relatifs \u00e0 la sexualit\u00e9 se distinguent de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale de ceux des hommes en ce qu\u2019ils ne mettent pas en avant un registre de vocabulaire invoquant le pulsionnel, le biologique ou les limitations sexuelles engendr\u00e9e par l\u2019univers concentrationnaire. Peut-\u00eatre s\u2019agit-il d\u2019une plus grande pudeur ou d\u2019une pr\u00e9occupation secondaire\u00a0? Peut-\u00eatre cela est-il aussi \u00e0 mettre en lien avec la mani\u00e8re dont la m\u00e9moire des camps a \u00e9t\u00e9 construite\u00a0: principalement \u00e0 travers la parole de d\u00e9port\u00e9es politiques, laissant ainsi de c\u00f4t\u00e9 celle des d\u00e9tenues dites \u00ab\u00a0asociales\u00a0\u00bb et des d\u00e9tenues de droit commun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque l\u2019amour et la sexualit\u00e9 apparaissent dans des t\u00e9moignages \u00e0 la premi\u00e8re personne c\u2019est en effet avec une certaine pudeur. Par exemple, Margareta Glas-Larsson<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>, qui \u00e9tait, tout comme son mari, intern\u00e9e \u00e0 Auschwitz, fait part de la relation qu\u2019elle a entretenue avec la doyenne du camp, Aurelia Reichert-Wald, alias Orli, de la fa\u00e7on suivante\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0L\u2019instinct de survie est un instinct extraordinairement fort. Au camp c\u2019\u00e9tait l\u2019instinct le plus fort. Et c\u2019\u00e9tait li\u00e9 \u00e0 la nourriture. Et il y avait aussi un besoin \u00e9norme de tendresse d\u2019un homme ou d\u2019une femme, peu importe. Et Orli \u00e9tait mon grand amour. Et cela ne me g\u00eane pas de le dire\u2026 Si l\u2019on pense en psychologue, on comprendra. C\u2019\u00e9tait affreux. Nous manquions de chaleur, de chaleur humaine et de l\u2019affection dont on avait l\u2019habitude depuis l\u2019enfance. Et plus tard du mari<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>. [\u2026] Une nuit j\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 Orli si je pouvais rester chez elle. Et je me suis couch\u00e9e \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. [\u2026] Et durant cette nuit-l\u00e0, le ciel \u00e9tait tellement rouge, je ne sais pas si c\u2019\u00e9tait un feu, si les S.S. avaient allum\u00e9 le transport des Hongrois ou s\u2019ils br\u00fblaient des enfants juifs ou bien encore si les <em>Sonderkommandos<\/em> br\u00fblaient tellement d\u2019\u00eatres humains. Malgr\u00e9 cela, je n\u2019\u00e9tais pas malheureuse, au contraire. Cette nuit-l\u00e0, j\u2019\u00e9tais affreusement heureuse, parce que je pouvais \u00eatre aupr\u00e8s d\u2019Orli<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Margareta Glas-Larsson pr\u00e9cise dans la suite de son t\u00e9moignage que c\u2019est en premier lieu son amour pour Orli qui lui a permis de survivre \u00e0 Auschwitz<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>. Il en va de m\u00eame de Micheline Maurel, r\u00e9sistante fran\u00e7aise arr\u00eat\u00e9e en 1943 et d\u00e9port\u00e9e \u00e0 Neubrandenburg, annexe de Ravensbr\u00fcck. Dans <em>Un camp tr\u00e8s ordinaire<\/em>, elle fait part de sa rencontre avec Kvi\u00e9ta, une danseuse tch\u00e8que\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Un autre dimanche, le bloc tch\u00e8que a donn\u00e9 une petite f\u00eate. Kvi\u00e9ta dansait sans musique sur un po\u00e8me patriotique que r\u00e9citait une de ses s\u0153urs. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s \u00e9mouvant. Apr\u00e8s la repr\u00e9sentation, l\u2019autre s\u0153ur m\u2019a dit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Vous savez qu\u2019elle n\u2019a dans\u00e9 que pour vous\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je m\u2019en rendais compte un peu, et j\u2019en \u00e9tais aussi boulevers\u00e9e que je pouvais l\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Jadis, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de Kvi\u00e9ta, j\u2019avais aim\u00e9 une institutrice. Mais Kvi\u00e9ta pouvait bien m\u2019aimer si elle voulait. Je t\u00e2cherais de ne pas la d\u00e9cevoir. Je lui donnerais de mon mieux toute l\u2019affection que je pourrais. Toute la joie. Cette affection paraissait lui \u00eatre aussi pr\u00e9cieuse que le pain. Un soir, tandis qu\u2019elle me raccompagnait au bloc 3, elle me saisit le bras brusquement pour me donner un baiser. Je l\u2019ai embrass\u00e9e aussi. Alors elle a sembl\u00e9 rayonner de joie et s\u2019est sauv\u00e9e en bondissant<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu\u2019il s\u2019agisse de Micheline Maurel ou de Margareta Glas-Larsson, le registre de vocabulaire employ\u00e9 laisse une grande place \u00e0 l\u2019\u00e9motionnel et au sensuel. Il se distingue de celui usit\u00e9 dans les t\u00e9moignages lorsqu\u2019il est fait r\u00e9f\u00e9rence aux intern\u00e9es d\u00e9sign\u00e9es comme lesbiennes (g\u00e9n\u00e9ralement rang\u00e9es dans les cat\u00e9gories des droits communs ou des \u00ab\u00a0asociales\u00a0\u00bb). Dans <em>Les Fran\u00e7aises \u00e0 Ravensbr\u00fcck<\/em>, ouvrage publi\u00e9 par l\u2019amicale de Ravensbr\u00fcck et l\u2019association des d\u00e9port\u00e9es et intern\u00e9es de la r\u00e9sistance (ADIR), les auteures attirent notre attention sur les lesbiennes comme suit<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Dans le bloc de punition sont enferm\u00e9es beaucoup d\u2019Allemandes, des Allemandes qui ont des m\u0153urs sp\u00e9ciales. On enferme deux personnes qui sont \u201cmari\u00e9es ensemble\u201c dans ce bloc et ainsi la vie continue de plus belle. Seul le Julot (la femme qui a le r\u00f4le de l\u2019homme) a le droit de parler. [\u2026] La Blockowa [la doyenne d\u2019une baraque ou Block], d\u2019ailleurs, est une lesbienne<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le Verf\u00fcgbar aux enfers<\/em>, op\u00e9rette r\u00e9dig\u00e9e clandestinement par Germaine Tillion en octobre 1944 durant son internement \u00e0 Ravensbr\u00fcck, permet de mieux saisir les repr\u00e9sentations de l\u2019homosexualit\u00e9 f\u00e9minine en camp de concentration<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>. Cette op\u00e9rette en trois actes compte parmi les tr\u00e8s rares \u0153uvres th\u00e9\u00e2trales r\u00e9alis\u00e9es et mises en sc\u00e8ne en camp. Inspir\u00e9e d\u2019<em>Orph\u00e9e aux enfers <\/em>de Jacques Offenbach, elle met en sc\u00e8ne la vie quotidienne d\u2019une esp\u00e8ce vivante particuli\u00e8re, la <em>Verf\u00fcgbar<\/em> \u2013 qui d\u00e9signe les intern\u00e9es \u00ab\u00a0disponibles\u00a0\u00bb pour la r\u00e9alisation des travaux forc\u00e9s dans les commandos du camp \u2013 \u00e0 travers le regard que porte sur elles un naturaliste, personnage principal de la pi\u00e8ce. Ce dernier cherche, \u00e0 l\u2019instar d\u2019un \u00e9thologue, \u00e0 comprendre comment cette esp\u00e8ce parvient \u00e0 survivre dans un environnement des plus hostiles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi les autres esp\u00e8ces qui \u00e9voluent dans ce microcosme, figurent les \u00ab\u00a0Julots\u00a0\u00bb, sur lesquels le naturaliste s\u2019attarde \u00e0 plusieurs reprises. \u00c9tymologiquement, ce terme d\u00e9signe un \u00ab\u00a0pot de chambre\u00a0\u00bb, il a ensuite \u00e9t\u00e9 repris dans l\u2019argot fran\u00e7ais pour d\u00e9signer un mari ou un amant, puis par extension un souteneur. Selon Germaine Tillion, les Julots d\u00e9signent des femmes ouvertement lesbiennes et appartenant \u00e0 la cat\u00e9gorie des \u00ab\u00a0asociales\u00a0\u00bb (les triangles noirs). Dans les didascalies initiales de l\u2019op\u00e9rette, l\u2019auteure pr\u00e9cise que les Julots sont \u00ab\u00a0gras, chics, aux cheveux plaqu\u00e9s, ceintures tr\u00e8s serr\u00e9es, poitrines arrogantes<a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a>\u00a0\u00bb. Ils s\u2019opposent \u00e0 la masse des concentrationnaires qui souffrait de malnutrition et survivait dans des conditions mat\u00e9rielles d\u00e9sastreuses. De plus, ils sont toujours masculinis\u00e9s \u00e0 travers les termes d\u2019adresse. D\u00e8s la premi\u00e8re sc\u00e8ne du premier acte, le naturaliste les appelle \u00ab\u00a0messieurs\u00a0\u00bb. Et ces derniers parlent d\u2019eux au masculin comme, lorsqu\u2019en ch\u0153ur, ils chantonnent\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Regardez comme nous sommes chics, comme nous sommes gras, comme nous sommes beaux<\/em> <em>hola ho. &#8211; <\/em><em>Nous sommes les champions du vol, de la combine, et du culot. &#8211; <\/em><em>Le regard hardi, les ch\u2019veux plaqu\u00e9s, le verbe haut. &#8211; <\/em><em>C\u2019est nous qui sommes les julots<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\"><strong>[29]<\/strong><\/a><\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tillion confirme ainsi ce que nous savions d\u00e9j\u00e0 par le biais de l\u2019ouvrage <em>Des Fran\u00e7aises \u00e0 Ravensbr\u00fcck<\/em>, \u00e0 savoir que les Julots se rapprochent des droits communs (dont ils ma\u00eetrisent les usages). D\u00e9crits comme au masculins comme \u00e9tant hautains et hardis, ils \u00e9voluent en marge des concentrationnaires ordinaires (des <em>Verf\u00fcgbar<\/em>) et c\u2019est une des raisons pour lesquelles ils sont tant\u00f4t redout\u00e9s, tant\u00f4t envi\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les t\u00e9moignages cit\u00e9s plus haut permettent d\u2019observer deux lectures diff\u00e9rentielles des relations affectives entre femmes dans l\u2019univers concentrationnaire\u00a0: la premi\u00e8re met en avant des relations amoureuses apparemment d\u00e9pourvues de sexualit\u00e9 tandis que la seconde, teint\u00e9e de lesbophobie, insiste sur une sexualit\u00e9 \u00ab\u00a0contre nature\u00a0\u00bb. Une premi\u00e8re explication \u00e0 ce d\u00e9calage pourrait r\u00e9sider dans l\u2019incroyable mixit\u00e9 sociale du syst\u00e8me concentrationnaire qui faisait se c\u00f4toyer riches et pauvres, r\u00e9sistant.e.s et criminel.le.s comme l\u2019a soulign\u00e9 Bruno Bettelheim<a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>. Ainsi, les femmes r\u00e9sistantes, du fait de leur socialisation politique, prolongeaient \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des barbel\u00e9s des valeurs \u00e9mancipatrices d\u00e9fendues \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Les \u00ab\u00a0asociales\u00a0\u00bb et d\u00e9tenues de droit commun, en revanche \u2013 moins conscientis\u00e9es et d\u00e9tentrices d\u2019une subjectivit\u00e9 distincte quant aux rapports hommes\/femmes \u2013 reproduisaient des modes de protection se rapprochant des sch\u00e8mes connus de l\u2019ext\u00e9rieur afin de lutter contre l\u2019adversit\u00e9 et la violence du syst\u00e8me concentrationnaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un second type d\u2019explication peut-\u00eatre rapproch\u00e9 des analyses conduites par des sociologues interactionnistes sur les r\u00f4les endoss\u00e9s par les femmes en prison. On distingue les \u00ab\u00a0femmes\u00a0\u00bb (ou <em>mommy<\/em>) des <em>butch<\/em> ou (<em>daddy<\/em><a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a>)\u00a0; ces derniers \u00e9tant en charge de prot\u00e9ger les premi\u00e8res car \u00ab\u00a0la prison ne prive pas les femmes et les hommes des m\u00eames choses. En prison, les femmes ne sont pas priv\u00e9es d\u2019autonomie parce que [\u2026] elles n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 autonomes\u00a0; elles ont toujours v\u00e9cu sous la protection d\u2019un homme \u2013 p\u00e8re, mari ou amant \u2013 \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 duquel elles sont soumises<a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a>.\u00a0\u00bb Parall\u00e8lement, John Gagnon et William Simon ont montr\u00e9 qu\u2019en milieu carc\u00e9ral, les conduites homosexuelles ne s\u2019expriment pas de la m\u00eame mani\u00e8re selon le genre car \u00ab\u00a0les femmes sont socialis\u00e9es dans le langage de l\u2019amour avant celui du sexe, alors que les hommes sont socialis\u00e9s dans le langage du sexe avant celui de l\u2019amour<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux types de distinctions que nous avons d\u00e9sormais \u00e9tablies (la premi\u00e8re relative \u00e0 la protection\u00a0; la seconde fond\u00e9e sur la socialisation ) vont \u00eatre explor\u00e9es plus avant dans la partie qui suit, d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la sexualit\u00e9 dans les camps de concentration pour hommes.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">La sexualit\u00e9 d\u2019apr\u00e8s les t\u00e9moignages d\u2019hommes survivants des camps<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon Hermann Langbein, un r\u00e9sistant communiste autrichien intern\u00e9 \u00e0 Auschwitz, la sexualit\u00e9 masculine en camp rel\u00e8ve avant tout du registre de la violence caus\u00e9e par les besoins sexuels des intern\u00e9s<a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a>. Les travaux sociologiques sur les lieux de d\u00e9tention masculine \u00e9tablissent en effet que les prisonniers ont tendance \u00e0 improviser un syst\u00e8me de relations homosexuelles pr\u00e9datrices<a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu\u2019il s\u2019agisse de Primo Levi, Elie Wiesel ou Eugen Kogon, nombreux sont les t\u00e9moignages de survivants qui s\u2019accordent \u00e0 dire que les intern\u00e9s d\u00e9tenteurs de fonction usaient de leur statut pour avoir des relations sexuelles avec de jeunes prisonniers, g\u00e9n\u00e9ralement polonais ou juifs, nomm\u00e9s <em>Puppenjunge<\/em>, <em>Pipels<\/em> ou encore \u00ab\u00a0jeunots<a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\">[36]<\/a>\u00a0\u00bb<em>. <\/em>Le statut de \u00ab\u00a0prot\u00e9g\u00e9\u00a0\u00bb que ces derniers acqui\u00e8rent fait d\u2019eux des \u00eatres \u00e0 la fois privil\u00e9gi\u00e9s et jalous\u00e9s des autres d\u00e9tenus. Toutefois, ce statut est \u00e9minemment pr\u00e9caire car s\u2019ils r\u00e9v\u00e9laient les tendances\/pr\u00e9f\u00e9rences sexuelles de leur compagnon de lit, ils causaient leur propre perte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le processus qui conduit \u00e0 endosser le r\u00f4le de jeunot ne se fait cependant pas toujours sans heurts. Le sociologue J\u00f6rg Hutter a retrouv\u00e9 dans les archives d\u2019Auschwitz un proc\u00e8s-verbal d\u2019interrogatoire conduit \u00e0 la suite d\u2019une d\u00e9nonciation pour viol<a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a>. La d\u00e9nonciation est le fait d\u2019un d\u00e9tenu juif, G\u00fcnther Weinberg, \u00e2g\u00e9 de 21 ans. Le jeune dit avoir \u00e9t\u00e9 abord\u00e9 \u00e0 la Buna, l\u2019usine d\u2019Auschwitz III, par Michael Unger, un intern\u00e9 allemand plus \u00e2g\u00e9 que lui\u00a0: il lui demanda de lui cirer ses chaussures et de lui nettoyer ses habits en \u00e9change d\u2019une ration d\u2019un demi-litre de soupe suppl\u00e9mentaire. Une fois le contrat rempli, Unger lui offrit en plus un pull-over. Puis il le conduisit dans une pi\u00e8ce retir\u00e9e de l\u2019usine. \u00c0 la suite de quoi Weinberg d\u00e9clare qu\u2019Unger,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0me somma de baisser mon pantalon apr\u00e8s m\u2019avoir embrass\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises. Une fois mon pantalon baiss\u00e9, il introduit son membre dans mon anus, ce qui provoqua une tr\u00e8s vive douleur. Nous avons ensuite quitt\u00e9 ensemble la pi\u00e8ce et il me dit que je ne devais en aucun cas parler \u00e0 qui que ce soit de ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9<a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le caract\u00e8re exceptionnel de ce document d\u2019archives et le fait que le jeune Weiberg se soit d\u00e9nonc\u00e9 de lui-m\u00eame posent question. Ne s\u2019est-il pas rendu compte des cons\u00e9quences qu\u2019aurait cette d\u00e9nonciation\u00a0ou bien estimait-il que le viol dont il fut victime r\u00e9clamait r\u00e9paration, une r\u00e9paration que seule la S.S. \u00e9tait en mesure de r\u00e9aliser\u00a0? Toujours est-il que Weinberg a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 une peine de vingt-cinq coups de b\u00e2ton pour \u00ab\u00a0avoir commis un acte contre-nature \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du camp\u00a0\u00bb. On ignore en revanche si Michael Unger a \u00e9t\u00e9 puni. Si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re aux t\u00e9moignages des survivants, il aurait d\u00fb \u00eatre condamn\u00e9 \u00e0 la castration (comme cela \u00e9tait classiquement le cas en pareilles circonstances \u00e0 Auschwitz d\u2019apr\u00e8s Hermann Langbein) ou bien \u00e0 la peine de mort (si l\u2019on suit les indications donn\u00e9es par Eugen Kogon)<a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\">[39]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les viols masculins semblent avoir \u00e9t\u00e9 monnaie courante en camp. Cette forme de domination est possible en vertu d\u2019une distinction \u00e9tablie entre une masculinit\u00e9 \u00ab\u00a0virile\u00a0\u00bb qui se veut p\u00e9n\u00e9trante et active et une masculinit\u00e9 \u00ab\u00a0domin\u00e9e\u00a0\u00bb, de facto passive et p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e incarn\u00e9e par des \u00ab\u00a0jeunots\u00a0\u00bb tels G\u00fcnther Weinberg.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le t\u00e9moignage d\u2019Heinrich-Christian Meier permet de mieux comprendre les processus d\u2019\u00e9tiquetage, de conversion et de rationalisation des discours sur l\u2019homosexualit\u00e9 en camp. Intern\u00e9 en tant que politique entre 1938 et 1945, Meier d\u00e9crit son exp\u00e9rience au camp de Neuengamme dans un ouvrage intitul\u00e9 <em>So war es<\/em> (<em>C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a<\/em>), publi\u00e9 en 1946<a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\">[40]<\/a>. Dans un chapitre intitul\u00e9 \u00ab\u00a0L\u2019amour au camp\u00a0\u00bb, il d\u00e9crit l\u2019organisation du march\u00e9 des relations affectives et sensuelles comme suit. Tout d\u2019abord, il insiste sur la dimension biologique de la sexualit\u00e9 masculine, convoquant la notion de \u00ab\u00a0besoin\u00a0\u00bb pour expliquer le recours \u00e0 des relations homosexuelles car\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Il ne faut pas oublier que chacun devait bien s\u2019en sortir avec ses besoins sexuels. Seuls quelques-uns restaient si purs et si naturels qu\u2019ils pouvaient laisser leur syst\u00e8me hormonal naturel faire son travail tout seul. Mais la plupart d\u2019entre nous donnaient un coup de main au syst\u00e8me, afin de pouvoir s\u2019offrir le minimum de joie dont l\u2019homme a besoin pour continuer de vivre<a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\">[41]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un second temps, Meier distingue deux types de relations en camp. Les premi\u00e8res rel\u00e8vent d\u2019un registre affectif et s\u2019inscrivent dans la lign\u00e9e des t\u00e9moignages f\u00e9minins de Margareta Glas-Larsson ou de Micheline Maurel cit\u00e9s plus haut\u00a0; les secondes font explicitement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une sexualit\u00e9 pr\u00e9datrice. Meier rapporte comment les concentrationnaires forment des couples d\u2019infortune qui leur permettent de survivre en camp\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Mais plus important encore est ce besoin certain qu\u2019\u00e0 l\u2019homme de pouvoir s\u2019appuyer sur quelqu\u2019un, ce besoin que chacun doit satisfaire d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre. Il est faux d\u2019affirmer d\u2019un homme qu\u2019il peut s\u2019en sortir enti\u00e8rement tout seul. D\u00e9j\u00e0, le voisin de lit est par d\u00e9finition d\u2019une certaine fa\u00e7on plus proche que les autres camarades, et c\u2019est ainsi que se cr\u00e9ent des amiti\u00e9s improbables. Au travail, il est r\u00e9confortant d\u2019avoir un camarade sur lequel on peut compter. C\u2019est encore mieux si celui-ci est un compagnon qui ne vous laisse pas en plan lorsque l\u2019on est en d\u00e9tresse<a href=\"#_ftn42\" name=\"_ftnref42\">[42]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces affinit\u00e9s de circonstances sont ensuite qualifi\u00e9es par Meier de \u00ab\u00a0mariage de camaraderie\u00a0\u00bb, ce qui place implicitement l\u2019accent sur l\u2019assistance mutuelle, le respect, et la communaut\u00e9 de vie instaur\u00e9e entre les concentrationnaires. L\u2019auteur insiste \u00e0 cet endroit sur la r\u00e9partition des t\u00e2ches domestiques \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la baraque, l\u2019un des partenaires pourvoyant \u00e0 certains besoins du couple, le second \u00e0 d\u2019autres\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Jean et Max, nommons-les ainsi, sont l\u2019un pour l\u2019autre comme homme et femme. Le peu qu\u2019ils poss\u00e8dent, ils le partagent. L\u2019un s\u2019occupe de l\u2019habillement de l\u2019autre. Le peu de temps libre dont ils disposent, ils le passent ensemble. S\u2019ils ont des int\u00e9r\u00eats intellectuels en commun, c\u2019est d\u2019autant mieux. Ils rendent visite ensemble. On les voit aller ensemble \u00e0 la cantine\u00a0; ils partagent les paquets qu\u2019on leur envoie. Ils r\u00e8glent les questions financi\u00e8res ensemble et avec m\u00e9thode. Si l\u2019un des deux est attaqu\u00e9, l\u2019autre le d\u00e9fend. Il n\u2019y a rien de plus naturel et d\u2019humain que ce type de camaraderie<a href=\"#_ftn43\" name=\"_ftnref43\">[43]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Meier d\u00e9crit bien une forme de concubinage qui fait \u00e9cho \u00e0 la division sexu\u00e9e du travail domestique. Cependant, ce concubinage serait exempt de rapports sexuels car la sexualit\u00e9 se joue en dehors du couple. Dans la suite de son r\u00e9cit, Meier \u00e9voque ce qu\u2019il qualifie de \u00ab\u00a0tentations sexuelles\u00a0\u00bb. Les jeunots dont il est question permettent \u00e0 l\u2019auteur de justifier et de rationnaliser l\u2019homosexualit\u00e9 de circonstances. Selon lui, elle se justifie en raison d\u2019une \u00ab\u00a0pulsion naturelle\u00a0\u00bb \u00e0 aimer que partagent les hommes. Ladite pulsion se dirigerait naturellement vers les jeunots car leur physionomie les rapproche des femmes<a href=\"#_ftn44\" name=\"_ftnref44\">[44]<\/a>. L\u2019auteur d\u00e9ploie enfn une argumentation assez confuse sur l\u2019opacit\u00e9 des r\u00e8gles de vie au sein des camps, affirmant qu\u2019en fin de compte, les intern\u00e9s ne savaient pas s\u2019ils \u00e9taient autoris\u00e9s \u00e0 \u00ab\u00a0aimer\u00a0\u00bb les jeunots. Le verbe choisi par l\u2019auteur manifeste ici l\u2019asym\u00e9trie des relations entre les\u00a0hommes et les jeunots. \u00c0 aucun moment, Meier ne questionne la position des jeunots qu\u2019il pr\u00e9sente uniquement comme des \u00ab\u00a0tentateurs\u00a0\u00bb, justifiant ainsi la domination sexuelle exerc\u00e9e sur eux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la fin du chapitre consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0amour en camp de concentration\u00a0\u00bb, le propos de l\u2019auteur se pr\u00e9cise. Il d\u00e9crit les relations homosexuelles asym\u00e9triques comme la norme \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du camp. Selon lui\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0l\u2019amour de m\u00eame sexe devenait pour tout homme sain et normalement constitu\u00e9 partout tangible dans la rue principale du camp. De telles relations sont in\u00e9vitables dans ces conditions. Dans la vie du camp elles jouent un r\u00f4le consid\u00e9rable. Avec le temps, m\u00eame l\u2019administration de la S.S. ne pouvait ignorer cette r\u00e9alit\u00e9. Elle devait tol\u00e9rer l\u2019existence de ces relations, pour ne pas dire les reconna\u00eetre<a href=\"#_ftn45\" name=\"_ftnref45\">[45]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le t\u00e9moignage de Meier offre un \u00e9clairage captivant sur la constitution et le fonctionnement du march\u00e9 de la sexualit\u00e9 dans les camps de concentration d\u2019hommes. Ainsi que l\u2019explique l\u2019auteur, ce march\u00e9 se distingue des concubinages de circonstances qui ne sont pas fond\u00e9s sur la sexualit\u00e9 et sont d\u00e9crits comme plus \u00e9galitaires. Meier justifie l\u2019existence d\u2019un tel march\u00e9 en raison de facteurs \u00e9motionnels, circonstanciels et \u00ab\u00a0biologiques\u00a0\u00bb. Cependant, la description que fait l\u2019auteur de ce march\u00e9 masque le fait qu\u2019il fut r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 une minorit\u00e9 statistique, constitu\u00e9e d\u2019adolescents et jeunes hommes dans la fleur de l\u2019\u00e2ge et de d\u00e9tenus plus \u00e2g\u00e9s d\u00e9tenteurs de fonctions (responsables de chambr\u00e9e, de baraque, <em>kapos<\/em><a href=\"#_ftn46\" name=\"_ftnref46\">[46]<\/a>, assign\u00e9s \u00e0 des t\u00e2ches administratives, etc.) qui appartenaient \u00e0 la \u00ab\u00a0noblesse\u00a0\u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 concentrationnaire. Ils repr\u00e9sentaient entre 5 et 10\u00a0% de la population des intern\u00e9s et ils \u00e9taient les seuls \u00e0 m\u00eame de disposer des ressources physiques et strat\u00e9giques n\u00e9cessaires pour pouvoir s\u2019offrir des \u00ab\u00a0jeunots\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><a name=\"_Toc372194282\"><\/a>Conclusion\u00a0: Redessiner les hi\u00e9rarchies du masculin et du f\u00e9minin<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e9cits de t\u00e9moins de l\u2019univers concentrationnaire permettent de mettre en lumi\u00e8re une approche diff\u00e9rentielle de l\u2019homosexualit\u00e9 masculine et f\u00e9minine. Aucun t\u00e9moignage de femme ne mentionne une condamnation \u00e0 la peine capitale en cas de d\u00e9nonciation pour homosexualit\u00e9. \u00c0 l\u2019inverse, Primo Levi ou Heinz Heger mettent en avant que, dans les camps d\u2019hommes, \u00eatre publiquement accus\u00e9 d\u2019homosexualit\u00e9 signifiait courir de graves sanctions, pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 la peine capitale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sont donc deux visions distinctes de la sexualit\u00e9 en camp de concentration qui se dessinent. L\u2019une se fonde sur les principes de domination et de subordination, nous \u00e9clairant sur la sexualit\u00e9 pr\u00e9datrice qui s\u2019exer\u00e7ait principalement dans les camps d\u2019hommes. L\u2019autre vision, mise en lumi\u00e8re au moyen de t\u00e9moignages d\u2019ancien-ne-s d\u00e9port\u00e9-e-s des camps de femmes, est fond\u00e9e sur une conception compl\u00e9mentaire, si ce n\u2019est \u00e9galitaire, des relations sociales. D\u00e8s lors, comme certains t\u00e9moignages l\u2019attestent, ce sont des relations \u00e9motionnelles, non d\u00e9nu\u00e9es d\u2019une forme d\u2019\u00ab\u00a0amour\u00a0\u00bb, qui se tissent entre concentrationnaires, laissant la sexualit\u00e9 \u00e0 la marge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 un autre niveau, nous observons \u00e9galement que des hi\u00e9rarchies de genre sont construites par les reclus. Elles s\u2019inscrivent dans une vision traditionnelle de la masculinit\u00e9. Les prot\u00e9g\u00e9s, qu\u2019ils soient hommes ou femmes, sont rappel\u00e9s \u00e0 leur condition de domin\u00e9(e), devant se soumettre et accepter des r\u00e8gles du jeu de relations pr\u00e9caires typiques des milieux extr\u00eames.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, les relations qui se dessinent au travers des t\u00e9moignages rendent perceptible une distinction qui semble significative des relations de genre dans les milieux clos\u00a0: la supr\u00e9matie du masculin appara\u00eet comme pr\u00e9caire, continuellement menac\u00e9e et constamment susceptible d\u2019\u00eatre remise en question. U<a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-323 alignleft\" src=\"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2017-02-15-a\u0300-11.08.35-198x300.png\" alt=\"Genre enferm\u00e9\" width=\"198\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2017-02-15-a\u0300-11.08.35-198x300.png 198w, https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2017-02-15-a\u0300-11.08.35-99x150.png 99w, https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2017-02-15-a\u0300-11.08.35.png 479w\" sizes=\"auto, (max-width: 198px) 100vw, 198px\" \/><\/a>n tel constat prolonge les analyses que Germaine Tillion a conduites sur les soci\u00e9t\u00e9s m\u00e9diterran\u00e9ennes. Ces derni\u00e8res sont caract\u00e9ris\u00e9es par une stricte s\u00e9paration entre hommes et femmes et se fondent sur la supr\u00e9matie des premiers sur les secondes<a href=\"#_ftn47\" name=\"_ftnref47\">[47]<\/a>. Dans ce type de soci\u00e9t\u00e9, o\u00f9 tout s\u2019organise en fonction de p\u00f4les oppos\u00e9s mais compl\u00e9mentaires, tous les \u00eatres qui ne sont pas des hommes se trouvent donc en position de subordination. En admettant que les relations sociales puissent fonctionner d\u2019une mani\u00e8re relativement semblable en camp, il devient plus ais\u00e9 de comprendre la distinction \u00e9tablie par Hans-Christian Meier. D\u2019apr\u00e8s lui, les hommes se doivent de constituer une forme de couple pour survivre. Dans la mesure o\u00f9 la sexualit\u00e9 est absente de ces couples d\u2019hommes, elle ne peut se jouer qu\u2019en dehors. Or, dans les camps, les seuls \u00eatres qui n\u2019appartiennent pas \u00e0 la classe des hommes sont les jeunots. D\u00e9crits comme se rapprochant des femmes, ils sont donc les seuls \u00e0 m\u00eame de ne pas d\u00e9stabiliser l\u2019ordre du genre, autrement dit \u00e0 ne pas remettre en question la virilit\u00e9 de d\u00e9tenus masculins. Et dans la mesure o\u00f9 les femmes ont toujours \u00e9t\u00e9 subordonn\u00e9es aux hommes ce type de relation \u2013 ainsi que toutes les formes de violences qu\u2019elles g\u00e9n\u00e8rent \u2013 n\u2019ont pas cours dans les camps de femmes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Contribution parue dans <em>Enfermements III &#8211; Le genre enferm\u00e9. Hommes et femmes en milieux clos (XIII<sup>e<\/sup>-XX<sup>e<\/sup>)<\/em><\/strong>,\u00a0<span class=\"RoleName\">\u00c9dit\u00e9 par <\/span> <a class=\"otherRoles\" href=\"http:\/\/www.publications-sorbonne.fr\/fr\/livre\/?GCOI=28405100157890&amp;fa=author&amp;Person_ID=5441\">Isabelle <span class=\"lastname\">Heullant-Donat<\/span><\/a>, <a class=\"otherRoles\" href=\"http:\/\/www.publications-sorbonne.fr\/fr\/livre\/?GCOI=28405100157890&amp;fa=author&amp;Person_ID=5667\">Julie <span class=\"lastname\">Claustre<\/span><\/a>, <a class=\"otherRoles\" href=\"http:\/\/www.publications-sorbonne.fr\/fr\/livre\/?GCOI=28405100157890&amp;fa=author&amp;Person_ID=5899\">\u00c9lisabeth <span class=\"lastname\">Lusset<\/span><\/a>, <a class=\"otherRoles\" href=\"http:\/\/www.publications-sorbonne.fr\/fr\/livre\/?GCOI=28405100157890&amp;fa=author&amp;Person_ID=6117\">Falk <span class=\"lastname\">Bretschneider<\/span><\/a> aux<strong><a href=\"http:\/\/www.publications-sorbonne.fr\/fr\/livre\/?GCOI=28405100157890\"> Publications de la Sorbonne<\/a>, 2017.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Cf. les contributions de C. Watzka sur les institutions totales (p. 25-56), ainsi que celles de K.-K. Patel et d\u2019Elissa Mail\u00e4nder sur les dynamiques du pouvoir dans les camps de concentration (p. 337-380) dans Falk Bretschneider, <em>et al.<\/em> (dir.), <em>Personal und Insassen von \u2018Totalen Institutionen\u2019 &#8211; zwischen Konfrontation und Verflechtung<\/em>, Leipzig, Leipziger Universit\u00e4tsverlag, 2011.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Erving Goffman, Asiles. <em>\u00c9tudes sur la condition sociale des malades mentaux<\/em>, Paris, Minuit, 1968 (\u00e9dition am\u00e9ricaine 1961).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Goffman, <em>op. cit.<\/em>, p. 98, 245-62.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Pour une bibliographie d\u00e9taill\u00e9e, voir R\u00e9gis Schlagdenhauffen, \u00ab\u00a0Promotion de la prostitution et lutte contre l\u2019homosexualit\u00e9 dans les camps de concentration nazis\u00a0\u00bb, <em>Trajectoires<\/em>, 1, 2007, p. 60-73.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> La bibliographie sur le syst\u00e8me concentrationnaire nazi est monumentale, nous pouvons mentionner\u00a0: Martin Broszat, \u00ab\u00a0Nationalsozialistische Konzentrationalsager 1933-1945\u00a0\u00bb, dans M. Broszat <em>et al<\/em>., <em>Anatomie des SS-Staates<\/em>, vol. 2, Olten\/Fribourg, Walter, 1965\u00a0; Olga Wormser-Migot, <em>Le syst\u00e8me concentrationnaire nazi (1933-1945)<\/em>, Paris, PUF, 1968\u00a0; Annette Wieviorka, <em>D\u00e9portation et g\u00e9nocide. Entre la m\u00e9moire et l\u2019oubli<\/em>, Paris, Plon, 1992 ainsi que Wolfgang Benz et Barbara Distel (dir.), <em>Der Ort des Terrors. Geschichte der nationalsozialistischen Konzentrationslager\u00a0<\/em>(9. vol), Munich, C.H. Beck, 2005-2009.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Sur la sexualit\u00e9 en prison, Arnaud Gaillard, <em>Sexualit\u00e9 et prison. D\u00e9sert affectif et d\u00e9sirs sous contrainte<\/em>, Paris, Max Milo, 2008\u00a0; Gw\u00e9nola Ricordeau, <em>Les d\u00e9tenus et leurs proches. Solidarit\u00e9s et sentiments \u00e0 l\u2019ombre des murs<\/em>, Paris, Autrement, 2008. Sur les prisons de femmes\u00a0: Myriam Jo\u00ebl, <em>La sexualit\u00e9 en prison de femmes<\/em>, th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Paris X-Nanterre, 2012.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Rose Giallombardo, \u00ab\u00a0Social Roles in a Prison for Women\u00a0\u00bb, <em>Social Problems<\/em>, 13\/3, 1966, p. 282\u00a0: \u00ab\u00a0The complementary role to the <em>femme <\/em>is the <em>stud abroad <\/em>or<em> daddy<\/em> who assumes the male role. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Daniel Welzer-Lang, Lilian Mathieu et Micha\u00ebl Faure, <em>Sexualit\u00e9s et violences en prison, ces abus qu\u2019on dit sexuels en milieu carc\u00e9ral<\/em>, Observatoire International des Prisons, Lyon, \u00e9ditions Al\u00e9as, 1996.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Gw\u00e9nola Ricordeau, \u00ab\u00a0Enqu\u00eater sur l&rsquo;homosexualit\u00e9 et les violences sexuelles en d\u00e9tention \u00bb, <em>D\u00e9viance et Soci\u00e9t\u00e9<\/em>, 28\/2, 2004, p. 233-253.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Erving Goffman, <em>Asiles<\/em>, <em>op. cit.<\/em> 968, p. 332, n. 140, cit\u00e9 par Alain Giami dans \u00ab\u00a0Les organisations institutionnelles de la sexualit\u00e9\u00a0\u00bb, <em>Handicap, Revue de sciences humaines et sociales<\/em>, n\u00b083, 1999, p. 3-29, p. 3.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Sur la distinction entre sexe et genre, voir notamment Christine Guionnet et Erik Neveu, <em>F\u00e9minins\/masculins<\/em>, Paris, Armand Collin, 2009 [2004] ainsi que \u00ab\u00a0Sexe et genre\u00a0\u00bb dans Laure Bereni, <em>et al.<\/em>, <em>Introduction aux Gender studies\u00a0: Manuel des \u00e9tudes sur le genre<\/em>, Bruxelles, De Boeck, 2020, p. 15-36 tout comme Joan W. Scott, \u00ab\u00a0Genre\u00a0: une cat\u00e9gorie utile d\u2019analyse historique\u00a0\u00bb<em>, Les cahiers du GRIF<\/em>, 37-38, 1988, p. 125-153.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Tout du moins jusqu\u2019en 1942, date d\u2019\u00e9tablissement des premiers \u00ab\u00a0bordels\u00a0\u00bb dans les camps, voir R\u00e9gis Schlagdenhauffen, \u00ab\u00a0Promotion de la prostitution\u2026\u00a0\u00bb, art. cit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> R\u00e8glement int\u00e9rieur du camp de concentration de Ravensbr\u00fcck\u00a0:<em> Wer sich in lespischer (sic) Absicht anderen H\u00e4ftli[n]gen n\u00e4hert, wer lespische Schweinereien treibt oder nicht meldet<\/em>, cit\u00e9 par Claudia Schoppmann, \u00ab\u00a0Zur Situation lesbischer Frauen in den Konzentrationslager\u00a0\u00bb, dans Olaf Mu\u00dfmann (dir.), <em>Homosexuelle in Konzentrationslagern<\/em>, Bad M\u00fcnstereifel, Westkreuz Verlag, 2000, p. 143.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> <em>Allgemeine Lagerordnung KL Sachsenhausen<\/em> (1942), cit\u00e9 par Joachim M\u00fcller \u00ab\u00a0Homosexuelle in den Konzentrationslagern Lichtenburg und Sachsenhausen \u2013 Werkstattberichte\u00a0\u00bb, dans O. Mu\u00dfmann (dir.), <em>Homosexuelle in Konzentrationslager<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 81.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Sur la condamnation diff\u00e9rentielle de l\u2019homosexualit\u00e9 (masculine et f\u00e9minine) tout comme sur l\u2019histoire du paragraphe 175, voir Florence Tamagne, <em>Histoire de l\u2019homosexualit\u00e9 en Europe. Berlin, Londres, Paris\u00a0:1919-<\/em>1939, Paris, Seuil, 2000 (notamment p. 628-632).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Voir Andreas Pretzel, \u00ab\u00a0<em>Ich w\u00fcnsche meinem schlimmsten Feind nicht, dass er das durchmacht, was ich da durchgemacht habe\u00a0<\/em>: Vorf\u00e4lle im Konzentrationslager Sachsenhausen vor Gericht\u00a0\u00bb, dans Andreas Pretzel et Gabriele Rosslach (dir.), <em>Homosexuellenverfolgung in Berlin 1933-1945<\/em>, Berlin, Rosa Winkel Verlag, 2000, p. 119-168 ainsi que R\u00fcdiger Lautmann <em>et al.<\/em>, \u00ab\u00a0Der rosa Winkel in den nationalsozialistischen Konzentrationslagern, dans R. Lautmann (dir.), <em>Seminar\u00a0: Gesellschaft und Homosexualit\u00e4t<\/em>, Francfort, Suhrkamp, 1977 p. 341 sq. sur les sanctions exerc\u00e9es en camp.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> Avant 1937 et dans certains camps, les \u00ab\u00a0homosexuels\u00a0\u00bb portaient une tenue sur laquelle \u00e9tait inscrit \u00ab\u00a0175\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> \u00c0 l\u2019inverse de l\u2019Autriche dont les articles 129 et 130 du code p\u00e9nal condamnaient aussi bien les relations homosexuelles entre hommes qu\u2019entre femmes, en Allemagne seuls les hommes \u00e9taient poursuivis pour homosexualit\u00e9. Certains t\u00e9moignages rapportent que des \u00ab\u00a0lesbiennes portaient le triangle noir des \u00ab\u00a0asociales\u00a0\u00bb dans les camps de femmes. (Cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9 par la recherche). Voir R\u00e9gis Schlagdenhauffen, \u00ab\u00a0Les lesbiennes sont-elles des victimes du nazisme\u00a0? Analyse d\u2019une controverse m\u00e9morielle\u00a0\u00bb, <em>Revues d\u2019Allemagne et des Pays de langue allemande<\/em>, vol. 42, n\u00b04, p. 553-568.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> Florence Tamagne, \u00ab\u00a0La d\u00e9portation des homosexuels durant la Seconde Guerre mondiale\u00a0\u00bb, <em>Revue d\u2019\u00e9thique et de th\u00e9ologie morale<\/em>, 239, 2006, p. 99.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> Hugo Burkhard, <em>Tanz mal Jude! Von Dachau bis Shangai. Meine Erlebnisse in den Konzentrationslagern Dachau, Buchenwald, Getto Shangai 1933-1948<\/em>, Nuremberg, Reichenbach, 1967, p. 71.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> Sur la vie de Margareta Glas-Larsson et une analyse sociologique de son exp\u00e9rience concentrationnaire, Gerhard Botz, Michael Pollak, Margareta Glas-Larsson, \u00ab\u00a0Survivre dans un camp de concentration\u00a0\u00bb, <em>Actes de la recherche en sciences sociales<\/em>, vol. 41, n\u00b01, 1982, p. 3-28.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p. 23<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> Margareta Glas-Larsson,<em> Ich will reden: Tragik und Banalit\u00e4t des \u00dcberlebens in Theresienstadt und Auschwitz<\/em>, Vienne, Molden, 1981, p. 176 [traduit par nous].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 149. <em>Cf<\/em>. Kerstin Meier, \u00ab \u00ab\u00a0Es war verp\u00f6nt, aber das gab&rsquo;s\u00a0\u00bb &#8211; Die Darstellung weiblicher Homosexualit\u00e4t in Autobiographien von weiblilchen \u00dcberlebenden aus Ravensbr\u00fcck und Auschwitz \u00bb, dans <em>Beitr\u00e4ge zur Geschichte der nationalsozialistischen Verfolgung in Norddeutschland<\/em>, Br\u00eame, Themen, 1999, p.\u00a022-33, p. 28.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> Micheline Maurel, <em>Un camp tr\u00e8s ordinaire<\/em>, Paris, \u00e9d. de Minuit, 1957, p. 129.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> <em>Les Fran\u00e7aises \u00e0 Ravensbr\u00fcck<\/em>, Paris, Deno\u00ebl, 1965, p. 174.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> Germaine Tillion, <em>Le Verf\u00fcgbar aux Enfers<\/em>, Paris, Points, 2007.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> Germaine Tillion, <em>Le Verf\u00fcgbar aux Enfers<\/em>, Paris, Points, 2007, p. 30.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> <em>Ibid. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> Bruno Bettelheim, <em>Survivre<\/em>, Paris, Robert Laffont, 1979.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> Rose Giallombardo, \u00ab\u00a0Social Roles\u00a0\u00bb (1966), art. cit\u00e9, p. 282\u00a0: \u00ab\u00a0The <em>femme<\/em> or <em>mommy<\/em> is the inmate who plays the female role in a homosexual relationship. [\u2026] The complementary role to the <em>femme<\/em> is the <em>stud broad<\/em> [<em>butch<\/em>] or <em>daddy<\/em> who assumes the male role.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> Howard Becker, <em>Les ficelles du m\u00e9tier<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte, 2002 [1998], p. 229.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> John Gagnon et William Simon, <em>Sexual Conduct<\/em>, Chicago, Aldine, 1973, p. 252.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> Hermann Langbein, <em>Menschen in Auschwitz<\/em>, Francfort, Ullstein, 1980, p. 453. Traduit en fran\u00e7ais par Denise Meunier sous le titre d\u2019<em>Hommes et femmes \u00e0 Auschwitz<\/em>, Paris , Tallandier, 2011.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a> Helen Eigenberg, \u00ab\u00a0Homosexuality in Male Prisons\u00a0: Demonstrating the Need for a Social Constructionnist Approach\u00a0\u00bb, <em>Criminal Justice Review<\/em>, vol. 17, n\u00b0 2, 1992, p.\u00a0219-234\u00a0; Alice M. Propper, <em>Prison Homosexuality: Myths and Reality<\/em>, Toronto, Lexington, 1981 ; Katherine Van Wormer, \u00ab\u00a0Becoming Homosexual in Prison\u00a0: A Socialization Process\u00a0\u00bb, <em>Criminal Justice Review<\/em>, vol. 9, n\u00b0 1, 1984, p. 22-27.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a> En allemand, un <em>Puppenjunge <\/em>d\u00e9signe une poup\u00e9e de sexe masculin et par extension un jeune homme \u00ab\u00a0faisant le trottoir\u00a0\u00bb\u00a0; un <em>Pipel<\/em> ou <em>Piepel<\/em> (terme \u00e0 l\u2019\u00e9tymologie\u00a0incertaine) d\u00e9signe dans le langage des camps de concentration un jeune homme destin\u00e9 \u00e0 satisfaire des besoins sexuels, voir Elie Wiesel, <em>La Nuit<\/em>, Paris, Minuit, 2007, p. 99\u00a0; Primo Levi, <em>Si c\u2019est un homme<\/em>, Paris, Julliard, 1987<em>\u00a0<\/em>; Eugen Kogon, <em>Der SS-Staat. <\/em><em>Das System der deutschen Konzentrationslager<\/em>, Munich, Karl Alber, 1946, p. 213-214 : \u00ab\u00a0Kinder und Jugendliche in den KL\u00a0\u00bb..<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a> Proc\u00e8s verbal d\u2019interrogatoire du 18 janvier 1944, Archives du mus\u00e9e d\u2019Auschwitz, cote D-AU I-II-III-2\/3, Nr. Inw. 106629, \u00e9dit\u00e9 par J\u00f6rg Hutter, \u00ab\u00a0Konzentrationslager Auschwitz\u00a0: Die H\u00e4ftlinge mit dem rosa Winkel\u00a0\u00bb, dans O.\u00a0Mu\u00dfmann (dir.), <em>Homosexuelle in Konzentrationslagern<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 115-25.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 118-119.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a> Hermann Langbein, <em>Menschen in Auschwitz, op. cit.<\/em>, p. 454 ; Eugen Kogon, <em>Der SS-Staat, op. cit.<\/em>, p. 210 sq.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\">[40]<\/a> Heinrich Christian Meier, <em>So war es. Das Leben im KZ Neuengamme<\/em>, Hambourg, Ph\u00f6nix-Verlag, 1946.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\">[41]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 48. Traduction par nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref42\" name=\"_ftn42\">[42]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 48-49, traduit par nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref43\" name=\"_ftn43\">[43]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 50, traduit par nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref44\" name=\"_ftn44\">[44]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p 51\u00a0: \u00ab\u00a0La plus grande tentation au camp, c\u2019\u00e9taient les jeunes hommes \u00e2g\u00e9s de seize \u00e0 vingt-et-un ans. Il subsiste en eux, aussi bien dans leur beaut\u00e9 que dans leur masculinit\u00e9, un quelque chose de naturellement f\u00e9minin. Or l\u2019homme est contraint de par sa nature \u00e0 aimer. Et lorsqu\u2019il ne trouve pas l\u2019objet appropri\u00e9, il se rabat par cons\u00e9quent subsidiairement sur l\u2019inappropri\u00e9.\u00a0\u00bb Traduit par nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref45\" name=\"_ftn45\">[45]<\/a> <em>Ibid. <\/em>p. 52, traduit par nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref46\" name=\"_ftn46\">[46]<\/a> Dans le langage des camps, un <em>kapo<\/em> (abr\u00e9viation de <em>Kameradschaftspolizei<\/em>) d\u00e9signe un d\u00e9tenu charg\u00e9 de commander une \u00e9quipe de cod\u00e9tenu. Wolfgang Sofsky, <em>L\u2019Organisation de la terreur<\/em>, Paris, Calmann L\u00e9vy, 1995.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref47\" name=\"_ftn47\">[47]<\/a> Germaine Tillion, <em>Le harem et les cousins<\/em>, Paris, Seuil, 2015 [1966].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Genre enferm\u00e9<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les camps de concentration nazis peuvent \u00eatre d\u00e9finis comme des \u00ab\u00a0institutions totales\u00a0\u00bb monosexu\u00e9es. Tout comme dans les couvents, casernes ou prisons, les \u00ab\u00a0reclus\u00a0\u00bb y vivent coup\u00e9s du monde ext\u00e9rieur\u00a0; leur quotidien est soumis \u00e0 une discipline stricte et r\u00e9gl\u00e9e par l\u2019institution formulant toute une s\u00e9rie d\u2019interdits, dont celui des relations\u2026<\/p>\n<p class=\"continue-reading-button\"> <a class=\"continue-reading-link\" href=\"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/?p=322\">Lire la suite&#8230;<i class=\"crycon-right-dir\"><\/i><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":323,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[226,225,140,228,29,224,138,227],"class_list":["post-322","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles","tag-clairvaux","tag-cloitre","tag-enfermement","tag-falk-bretschneider","tag-genre","tag-monastere","tag-prison","tag-publications-de-la-sorbonne"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/322","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=322"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/322\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":328,"href":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/322\/revisions\/328"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/323"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=322"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=322"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/regis-schlagdenhauffen.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=322"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}